Ah ces charognards, eux qui sont très peu intelligents. Ils tournent déjà dans le ciel. Silencieux, patients, presque fébriles. Les vautours ont reconnu les signes de la vieillesse du Lion. Alors ils attendent. Ils espèrent. Ils calculent. Ils guettent le jour où le dernier rugissement se perdra dans le silence.
La rumeur, devenue refrain, annonce périodiquement que le vieux souverain serait déjà sur le chemin des ancêtres. Et chaque fois, les mêmes impatiences remontent à la surface : palais, antichambres, cercles d’ambition et chapelles de contestation.
Mais qu’ils se souviennent d’une chose : la mort d’un homme ne fait pas automatiquement naître le règne des autres.
Le vieux Lion sait mieux que quiconque que nul n’est éternel. Il sait que les couronnes vieillissent, que les règnes s’achèvent et que les hommes, un jour, retournent à la poussière. La nature n’épargne personne.
Mais ceux qui rêvent déjà de sa dépouille oublient que l’Histoire ne distribue jamais ses cartes comme on l’imagine.
Aux ambitieux du palais comme aux insurgés de salon, une question demeure : que restera-t-il de leurs certitudes lorsque le vent aura changé de direction ?
Et au peuple qui espère qu’un simple départ suffira à effacer ses douleurs, prudence : on ne change pas une destinée nationale par le seul remplacement d’un homme.
Les sages, eux, se taisent. Ils savent que le vieux Lion peut encore rugir.
Alors, avant de célébrer une disparition annoncée, regardons-nous dans le miroir.
Car les vautours ne s’assemblent jamais autour d’une seule carcasse.
Ils attendent le champ entier.
Gardons-nous donc d’en devenir.











