Entre subventions massives et équilibre budgétaire précaire, le maintien artificiel des prix à la pompe pose la question de la soutenabilité des finances publiques face aux réalités économiques internationales.
Le calcul est lourd de conséquences pour les finances publiques. Entre 2026 et 2028, le gel total des prix à la pompe au Cameroun devrait représenter une dépense minimale de 583 milliards de francs CFA pour le Trésor public. Cette somme, qui équivaut à environ 1,6 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays sur le triennat, met en lumière les arbitrages délicats imposés aux autorités pour contenir le coût de la vie.
Un bouclier social sous haute tension budgétaire
Dans les stations-service de Yaoundé comme de Douala, le maintien des tarifs à la pompe est perçu comme un rempart indispensable contre l’inflation. Pour les ménages et les acteurs du secteur informel, toute variation à la hausse se traduit immédiatement par une onde de choc sur les denrées alimentaires et les transports urbains. Cependant, ce lissage artificiel des cours n’efface pas la réalité des marchés mondiaux ; il la déporte simplement sur le budget de l’État. La caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures et le Trésor public absorbent le différentiel, sacrifiant d’autres investissements structurants potentiels.
Entre vérité des prix et paix sociale
Cette situation réveille un débat récurrent avec les bailleurs de fonds internationaux, à l’instar du Fonds monétaire international. Ces institutions plaident régulièrement pour une vérité des prix permettant de libérer des marges budgétaires au profit d’infrastructures productives ou de filets sociaux ciblés. Pourtant, le souvenir des émeutes de la faim de 2008 reste vivace dans les mémoires des décideurs politiques. Toucher au carburant revient à toucher à un équilibre social fragile.
Des perspectives tributaires des marchés
L’enveloppe de 583 milliards de FCFA demeure une estimation plancher. Sa matérialisation exacte dépendra étroitement de la trajectoire des cours du pétrole brut sur les marchés internationaux, du taux de change du dollar et du niveau réel de la consommation intérieure. Si les tensions géopolitiques persistent ou s’amplifient, la facture pourrait s’alourdir, contraignant l’État à réajuster sa trajectoire budgétaire ou à recourir à un endettement accru. À terme, le Cameroun cherche à maintenir une équation complexe : préserver le pouvoir d’achat immédiat sans compromettre la santé financière à long terme du pays.











