Hier, un éboulement d’une violence inouïe s’est produit sur le site d’exploration aurifère de Zamboye (Zamboi), situé à quelques kilomètres de Garoua-Boulaï. Selon le maire de la commune, Adamou Abdon, le bilan provisoire est vertigineux : 107 corps ont déjà été extraits des décombres. Les recherches de victimes doivent se poursuivre ce mercredi. Ce site tentaculaire de plusieurs hectares s’étend à cheval entre le Cameroun et la République centrafricaine, séparé par le fleuve Kadéï, dont le cours a été dévié au mépris des risques écologiques pour faciliter la quête du précieux métal. Dans cette ruée vers l’or, des hommes, des femmes et des enfants risquent leur vie au quotidien pour tenter de décrocher une pépite vendue entre 25 000 et 30 000 FCFA le gramme. Sur place, une mosaïque humaine s’active dans la boue : Camerounais, Centrafricains, Tchadien, Maliens, ainsi que des spécialistes burkinabès réputés pour leurs techniques d’extraction artisanale et le maniement de produits chimiques hautement toxiques.
Si aucun opérateur chinois n’a été aperçu sur ce chantier précis, la présence d’exploitants locaux camerounais y est massive. Le drame pose une question brûlante : comment un tel abattoir à ciel ouvert peut-il fonctionner aux yeux de tous ? L’accès au chantier fait l’objet d’un filtrage strict par un dispositif mixte regroupant la police, l’armée régulière et des éléments des forces centrafricaines, tandis qu’un camp du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) stationne à quelques encablures pour sécuriser la frontière contre les zaguina. Ce drame de Zamboye n’est malheureusement pas un cas isolé. À une vingtaine de kilomètres de Batouri, le site de Barabéré véritable Sodome et Gomorrhe minière gérée par des opérateurs chinois s’est développé après la fermeture officielle de Kambele. Les engins lourds ont simplement été déplacés quelques kilomètres plus loin, reproduisant exactement les mêmes conditions de dangerosité. En pleine saison des pluies, sans une réaction ferme et immédiate des autorités politiques et sécuritaires pour stopper ces chantiers de la mort, d’autres hécatombes s’avèrent inévitables dans la région.












