Après la sortie d’« Indomptables », le réalisateur et comédien Thomas Ngijol passe à la vitesse supérieure. Son prochain projet de long-métrage, sobrement intitulé « Sankara », s’attaque à l’une des trajectoires politiques les plus denses et symboliques de l’histoire contemporaine du continent africain : celle de Thomas Sankara.
Le film retracera de manière factuelle le parcours fulgurant de l’ancien président du Burkina Faso. Le récit se focalisera sur quatre années charnières qui ont redéfini la géopolitique ouest-africaine : l’accession au pouvoir en 1983 où, arrivé à la tête de la Haute-Volta à 33 ans, il rebaptise immédiatement le pays « Burkina Faso » (le Pays des hommes intègres) ; les réformes de rupture, mettant en lumière sa politique stricte de souveraineté nationale, le refus des plans d’ajustement structurel, les campagnes de vaccination de masse, la reforestation face au Sahel et la promotion inédite des droits des femmes ; et enfin la chute, le 15 octobre 1987, abordant le dénouement tragique de sa présidence, marquée par son assassinat lors d’un coup d’État, un événement qui a figé Sankara en icône de la jeunesse et du panafricanisme.
Avec ce projet, Thomas Ngijol confirme un changement de cap artistique majeur. Connu à ses débuts pour ses comédies populaires en France, le cinéaste choisit désormais de documenter et de fictionaliser les trajectoires africaines en adoptant un point de vue interne, loin des prismes et des narrations occidentales traditionnelles.
Raconter nos grandes figures à l’écran exige des structures capables de produire, financer et défendre nos propres récits. Ce projet soulève le défi majeur de l’industrie cinématographique africaine actuelle : la dépendance financière.
Porter à l’écran un film historique d’une telle envergure nécessite des capitaux et des infrastructures de production basés sur le continent, afin de garantir une totale liberté d’écriture et de distribution face aux circuits de financement internationaux. « Sankara » s’annonce déjà comme un test grandeur nature pour la structuration d’un cinéma mémoriel africain, ambitieux et indépendant.












