En accusant le régulateur bancaire communautaire de bloquer le transfert des avoirs dormants vers la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun, Richard Evina Obam relance un bras de fer institutionnel aux lourdes implications financières et politiques.
Derrière cette querelle de compétences se joue une bataille stratégique autour du contrôle de l’épargne nationale et du financement du développement.
UNE SORTIE QUI RAVIVE LES TENSIONS
La scène n’avait rien d’anodin. À l’occasion de la Finance Week 2026 organisée par EcoMatin à Yaoundé, Richard Evina Obam a choisi un ton offensif pour dénoncer ce qu’il considère comme une entrave directe à une politique publique de l’État camerounais.
Face à un parterre d’experts financiers, de banquiers et de représentants institutionnels, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun a accusé la Commission bancaire de l’Afrique centrale d’empêcher le transfert des fonds en déshérence vers son institution.
Pour Richard Evina Obam, le problème dépasse largement le simple débat technique. Selon lui, le régulateur communautaire aurait utilisé l’argument du risque systémique pour bloquer une réforme relevant pourtant de la souveraineté nationale.
« Le service public des dépôts et consignations est national partout, sauf en zone CEMAC ».
Une formule qui résume quatre années de tensions entre Yaoundé et les instances prudentielles sous-régionales.
Cette sortie publique marque un tournant dans un dossier jusqu’ici essentiellement traité dans les cercles administratifs et judiciaires. Elle traduit surtout la volonté de la CDEC de replacer la bataille des avoirs dormants au cœur du débat économique national.
LES MILLIARDS INVISIBLES DE L’ÉCONOMIE CAMEROUNAISE
Créée par la loi du 14 avril 2008, la CDEC poursuit une ambition inspirée des grands modèles français et marocains : centraliser les fonds dormants afin de les transformer en ressources de financement du développement.
Les comptes bancaires inactifs depuis plus de dix ans, les contrats d’assurance non réclamés, les cautionnements oubliés ou encore les consignations judiciaires constituent autant de gisements financiers jusqu’ici dispersés dans le système bancaire.
Pour les autorités camerounaises, ces ressources représentent un levier stratégique dans un contexte marqué par :
- Le durcissement des financements internationaux
- La hausse de la dette publique
- Les besoins croissants en infrastructures
L’objectif affiché par la CDEC est clair : mobiliser plusieurs centaines de milliards de FCFA pour soutenir les investissements publics et financer des projets structurants.
Au 30 avril 2025, près de 83 milliards de FCFA avaient déjà été reversés à la CDEC, soit environ 21 % de l’objectif annuel fixé à 400 milliards. Parmi les principaux établissements contributeurs figurent BICEC, SCB Cameroun, Société Générale Cameroun et Standard Chartered Cameroun.
Mais derrière ces premiers transferts se cache une résistance persistante d’une partie du secteur bancaire, soucieux d’éviter toute confrontation avec la COBAC. Car les avoirs en déshérence représentent aussi des ressources de liquidité importantes pour les banques commerciales.
LE CHOC ENTRE SOUVERAINETÉ ET INTÉGRATION COMMUNAUTAIRE
Au fond, le conflit révèle les ambiguïtés de la gouvernance financière au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.
D’un côté, les États revendiquent leur droit à conduire des politiques nationales de mobilisation de l’épargne. De l’autre, les institutions communautaires défendent la stabilité du système bancaire régional.
La COBAC estime que le transfert massif des avoirs dormants pourrait fragiliser certaines banques et créer des déséquilibres prudentiels. Une position que contestent vigoureusement les responsables camerounais, qui rappellent que les dépôts et consignations ne figurent pas parmi les compétences explicitement transférées à la communauté.
Cette divergence juridique a progressivement dégénéré en bras de fer politique. En octobre 2025, la CDEC a saisi le Tribunal de grande instance du Mfoundi contre plusieurs dirigeants bancaires, notamment ceux de Citibank, Ecobank Cameroun, Afriland First Bank et de la Commercial Bank-Cameroun (CBC), pour refus présumé de transfert des fonds concernés.
L’affaire a rapidement pris une dimension symbolique. Pour certains observateurs, elle pose une question essentielle : jusqu’où peut aller la régulation communautaire sans empiéter sur les prérogatives souveraines des États membres ?
UNE BATAILLE STRATÉGIQUE POUR L’AVENIR FINANCIER DU CAMEROUN
Au-delà des querelles institutionnelles, le dossier des fonds en déshérence révèle la volonté du Cameroun de bâtir des mécanismes autonomes de financement de son économie.
Dans un environnement international marqué par la volatilité des marchés et les conditionnalités des bailleurs de fonds, la maîtrise de l’épargne domestique devient un enjeu stratégique.
La CDEC entend d’ailleurs accélérer sa transformation. L’institution travaille à la création d’une filiale bancaire destinée à réduire sa dépendance vis-à-vis des banques commerciales dans la collecte des fonds consignés.
Une évolution qui pourrait modifier durablement les équilibres du paysage financier camerounais.
Reste désormais à savoir si le bras de fer avec la COBAC débouchera sur un compromis institutionnel ou sur une crise plus profonde au sein de la CEMAC.
Car derrière les comptes dormants se joue peut-être l’une des plus importantes batailles de souveraineté financière de la sous-région












Qui contrôle les banques commerciales que chercherait à protéger la COBAC ?
Pour qui roule la COBAC ?
Qui défend en définitive les intérêts nationaux ? La CDEC, il me semble…
Bonjour M.Dikoume, merci pour cette pertinence. Nous constatons que certains dirigeants de Banques ne veulent pas se conformer aux lois nationales et s’allient aux hommes tapis dans l’ombre à la Cemac pour torpiller le travail de la CDEC, à leurs profils