La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) maintient le cap de sa politique d’ajustement chirurgical. Le 25 mai 2026, l’institut d’émission commun aux six États de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, RCA, Guinée Équatoriale, Tchad) a procédé à une nouvelle injection de liquidités à hauteur de 500 milliards de francs CFA sur le marché monétaire régional.
Cette opération, qui intervient dans un contexte de forte volatilité des sollicitations bancaires, met en lumière les équilibres précaires d’un système financier régional structurellement dépendant du refinancement à court terme.
Le principal fait marquant de cette fin de mois de mai réside dans la constance de l’offre de la Banque centrale, en dépit d’une demande bancaire particulièrement irrégulière tout au long du mois. Alors que les besoins exprimés par les établissements de crédit de la zone ont oscillé de manière imprévisible au cours des dernières semaines, la BEAC a choisi de reconduire scrupuleusement son enveloppe de 500 milliards de FCFA.
Ce choix stratégique répond à un double objectif : soutenir les banques commerciales en garantissant un accès prévisible et stable aux ressources de premier niveau, et éviter l’effet de surabondance, une surliquidité non maîtrisée pouvant alimenter les pressions inflationnistes ou décourager les banques de capter l’épargne locale.
À travers ces injections de liquidités par voie d’appels d’offres, la BEAC prête des fonds à court terme aux banques commerciales en échange de garanties, principalement des titres publics émis par les États membres.
La reconduction systématique de ces opérations d’envergure expose une réalité économique lourde : le secteur bancaire de la zone CEMAC demeure sous perfusion permanente de la Banque centrale. Contrairement à d’autres marchés où les banques se financent prioritairement entre elles (marché interbancaire) ou s’appuient sur une base de dépôts à long terme solide, de nombreux établissements financiers de la région souffrent d’un déficit structurel de transformation.
L’épargne collectée reste majoritairement constituée de dépôts à vue (retirables à tout moment), tandis que les besoins de financement de l’économie notamment les campagnes agricoles, les projets d’infrastructure et le fonctionnement des Trésors publics exigent des engagements à plus long terme.
La Banque centrale doit en effet composer avec des impératifs contradictoires : injecter suffisamment de liquidités pour que les banques continuent de financer les économies nationales et de souscrire aux obligations souveraines des États, tout en restreignant l’accès à la monnaie centrale pour juguler l’inflation importée et préserver le taux de couverture extérieure de la monnaie.
En plafonnant son offre à 500 milliards de FCFA malgré l’instabilité de la demande, la BEAC démontre une gestion que les analystes qualifient de prudente et maîtrisée. L’institution refuse de céder aux emballements du marché, préférant envoyer un signal de stabilité macroéconomique.
Les répercussions de cette rigueur opérationnelle se font directement ressentir sur le coût du crédit. En rationalisant sa liquidité, la BEAC maintient une certaine tension sur les taux du marché monétaire. Les banques de la CEMAC, payant leur refinancement au prix fort auprès de la Banque centrale, répercutent mécaniquement ce coût sur les crédits octroyés aux entreprises privées et aux particuliers.
À court terme, cette injection garantit qu’aucune crise de liquidité majeure ne viendra gripper le système bancaire régional avant la fin du semestre. À long terme, cependant, elle rappelle l’urgence pour le secteur financier de la CEMAC de dynamiser son marché interbancaire afin que les banques excédentaires financent directement les banques déficitaires, allégeant ainsi le rôle de premier secours de la Banque centrale.












