DEPUIS LA GAMBIE, L’HOMME POLITIQUE INVITE LA GRANDE MUETTE À « PRENDRE SES RESPONSABILITÉS ».
Ce lundi 20 juillet, depuis son exil forcé en Gambie, Issa Tchiroma Bakary a brisé le silence de la manière la plus spectaculaire et la plus subversive qui soit. Dans un message vidéo au vitriol, solennel et dénué de toute concession diplomatique, il s’est adressé sans intermédiaire aux forces de défense et de sécurité du Cameroun. Son objectif est clair : pousser l’institution militaire à rompre sa neutralité historique pour orchestrer, par la force des événements, son retour au pouvoir.
L’ancien ministre, habitué des joutes verbales mais jamais positionné sur une ligne aussi radicale, a choisi de frapper un grand coup en se drapant dans la légitimité populaire. Se proclamant le seul et unique président élu de la République du Cameroun à l’issue du scrutin présidentiel contesté du 12 octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary affirme avoir écrasé la concurrence. Il revendique un score sans appel de plus de 72 % des suffrages exprimés. Selon ses propres analyses et les données qu’il dit détenir, ce plébiscite national s’est également traduit de façon massive dans les urnes au sein même des casernes, s’assurant ainsi, selon lui, le soutien moral de la troupe.
Dans un premier temps, il a brossé l’armée dans le sens du poil, multipliant les louanges et rendant un vibrant hommage au sacrifice quotidien des hommes et femmes en tenue face aux crises sécuritaires qui secouent le pays. C’est après cette entreprise de séduction institutionnelle qu’il a sorti sa carte maîtresse : la promesse d’une refonte globale des conditions de vie des soldats, s’engageant à bâtir une armée plus professionnelle, plus forte, plus moderne et dotée de moyens à la hauteur des enjeux géopolitiques de la sous-région.
Cependant, le discours a rapidement basculé de la séduction à l’offensive politique la plus frontale. Le ton est devenu martial et accusateur. Évoquant la gouvernance actuelle à Yaoundé, Issa Tchiroma Bakary a fustigé un régime qu’il qualifie de dictatorial, s’accrochant désespérément au pouvoir par la seule force des baïonnettes et de la répression administrative. C’est à ce moment précis qu’il a lancé un avertissement à peine voilé aux troupes et à la hiérarchie militaire, les plaçant face à leur conscience historique en leur demandant de prendre leurs responsabilités et de ne pas se laisser entraîner dans une voie calamiteuse et sans aucune issue qui ne ferait que précipiter le chaos national. Le véritable point d’orgue de cette sortie médiatique, celui qui transforme ce message en un incident politique majeur, réside dans une requête totalement inédite, audacieuse et transgressive.
Brisant définitivement les codes de la réserve républicaine, il a demandé formellement à la grande muette de franchir le rubicon opérationnel et de violer les frontières internationales pour sa cause. Il a formulé l’injonction de venir le chercher en Gambie, là où il affirme se trouver en exil contraint et forcé par les menaces du pouvoir. En appelant ainsi les militaires à mener une opération d’extraction politique à l’étranger pour le ramener triomphalement à Yaoundé, Issa Tchiroma Bakary change radicalement de logiciel. Il ne se contente plus de contester les résultats officiels devant les instances juridiques ou par la voie de la diplomatie internationale ; il appelle ouvertement et sans détour à une intervention directe de l’armée pour acter l’alternance au sommet de l’État.
En concluant son message par une vibrante exhortation à l’unité nationale et en invoquant la protection divine sur le Cameroun, il tente de donner une caution morale et mystique à ce que le gouvernement en place ne manquera pas de qualifier de haute trahison. La balle est désormais dans le camp des autorités de Yaoundé et du haut commandement militaire












