Au cœur des enjeux climatiques mondiaux, les forêts d’Afrique centrale constituent un patrimoine écologique exceptionnel, mais aussi une réserve de richesses économiques encore insuffisamment valorisées. La Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) entend concilier préservation des écosystèmes, industrialisation responsable et prospérité des populations. À l’heure du renouvellement de sa stratégie régionale, l’institution doit transformer les ambitions environnementales en résultats mesurables.
Une diplomatie forestière au service de l’Afrique centrale
Créée dans le prolongement de la Déclaration de Yaoundé de mars 1999 et institutionnalisée par le traité de Brazzaville du 5 février 2005, la COMIFAC constitue le cadre de coordination des politiques forestières et environnementales de onze pays d’Afrique centrale. Sa mission est stratégique : harmoniser les réglementations, préserver la biodiversité et défendre les intérêts du bassin du Congo dans les négociations internationales sur le climat.
Mais la reconnaissance internationale de ce patrimoine ne suffit plus. Face aux pressions agricoles, minières et industrielles, la région doit mieux contrôler l’exploitation de ses ressources, renforcer la gouvernance forestière et garantir une gestion durable des territoires.
De la forêt à la valeur ajoutée industrielle
L’enjeu est aussi économique. Pendant trop longtemps, une partie de la richesse forestière africaine a été exportée sous forme de matières premières, limitant les retombées locales. La transformation plus poussée du bois, le développement des industries de seconde transformation et la valorisation des produits forestiers non ligneux peuvent créer des emplois, stimuler les PME et accroître les recettes publiques.
Cette ambition suppose des investissements dans l’énergie, les infrastructures, la formation professionnelle et la traçabilité des produits. Elle exige également une réglementation cohérente entre les États afin de lutter contre l’exploitation illégale et de renforcer la compétitivité des entreprises respectueuses des normes environnementales.
La COMIFAC peut jouer un rôle déterminant en rapprochant les gouvernements, les industriels, les communautés locales et les partenaires financiers. Encore faut-il que les engagements régionaux se traduisent en projets concrets et en mécanismes de contrôle efficaces.
Le défi du financement et des résultats
Le Plan de convergence 2015-2025 a structuré l’action régionale autour de la gestion durable, de la biodiversité, du climat, du développement socio-économique et des financements durables. En 2026, la préparation d’une nouvelle feuille de route pour 2026-2035 ouvre une étape décisive : celle de l’évaluation, de la mobilisation des capitaux et de la redevabilité.
La réussite dépendra notamment de financements prévisibles, d’indicateurs de performance transparents et d’une meilleure participation des femmes, des jeunes, des peuples autochtones et des communautés riveraines.
Le véritable test de la COMIFAC sera donc moins la multiplication des déclarations que sa capacité à faire de la forêt un moteur de développement sans compromettre son renouvellement. Pour l’Afrique centrale, protéger le bassin du Congo et créer de la richesse ne sont pas deux objectifs contradictoires : ils constituent les deux conditions d’une souveraineté économique durable.











