Face à la réduction drastique des quotas d’importation de Congelcam et au spectre d’une pénurie à l’approche des fêtes de fin d’année, l’analyse de l’expert Mouthe Ambassa décrypte les failles d’une transition mal calibrée et pose sur la table des solutions pragmatiques pour préserver le pouvoir d’achat des ménages camerounais.
Une souveraineté alimentaire mise sous tension par les chiffres
Le paradoxe camerounais de la filière halieutique éclate au grand jour. Alors que le pays consomme en moyenne 500 000 tonnes de poisson par an, la production locale plafonne à peine à 25 000 tonnes, tandis que l’aquaculture ne génère que près de 15 000 tonnes annuelles. Dans ce paysage, le maquereau – denrée incontournable des tables populaires – demeure massivement tributaire des importations.
C’est précisément sur cet équilibre fragile que la décision gouvernementale de réduire de moitié le quota du principal opérateur, Congelcam S.A. (passé de 200 000 à 100 000 tonnes), a provoqué un électrochoc. Malgré l’octroi récent d’une rallonge de 30 000 tonnes, le déficit structurel reste béant, évalué à environ 70 000 tonnes. Sur le terrain, la sanction immédiate ne s’est pas fait attendre : le carton de 20 kg de maquereau a bondi de 25 000 à 32 000 francs CFA en quelques semaines, répercutant ses ondes de choc des marchés de Douala et Yaoundé jusqu’aux métropoles septentrionales. Pour les braiseuses et revendeuses, dont le poisson braisé est passé de 3 000 à 5 000 francs CFA, l’activité économique vacille à l’heure où se profilent les échéances de fin d’année.
Rythme et réalisme : Les propositions de l’expert Mouthe Ambassa
Loin des dogmes bureaucratiques, l’analyse de Mouthe Ambassa ne remet pas en cause la légitimité de la souveraineté alimentaire, mais plaide pour un pragmatisme rigoureux articulé autour de six propositions majeures :
Un quota de transition immédiat : Sécuriser l’approvisionnement des marchés nationaux pour passer sans encombre les fêtes de fin d’année 2026 et le début de l’année 2027.
L’indexation de la baisse des importations : Assujettir la réduction des quotas à la croissance réelle, mesurable et documentée de la production locale, bannissant toute décision unilatérale déconnectée des réalités du terrain.
La péréquation des prix : Étudier la mise en place d’un mécanisme de stabilisation des prix du poisson – à l’instar des hydrocarbures et du gaz domestique – en s’appuyant sur le maillage logistique exceptionnel de Congelcam, présent dans près de 360 arrondissements.
Le fléchage fiscal : Affecter une quote-part des taxes perçues sur le poisson importé au financement direct, traçable et transparent des infrastructures piscicoles nationales.
Une gouvernance transparente : Publier un bilan exhaustif des projets déjà financés et instaurer un dialogue permanent entre l’État, les industriels et les consommateurs.
Le soutien au capitalisme national : Valoriser les acteurs économiques locaux qui investissent, emploient et paient leurs impôts au Cameroun, à l’instar du leadership de Congelcam, préservant ainsi le panier de la ménagère de l’asphyxie économique.











