En lançant la cinquième cohorte de son incubateur spécialisé dans la filière banane plantain, le Cameroun tente une expérience originale : faire de l’étudiant un entrepreneur agricole avant même l’obtention de son diplôme.
Derrière cette initiative portée par la Filière Banane-Plantain du Cameroun (FBPC) se dessine une ambition plus large : répondre simultanément au chômage des jeunes, à la sécurité alimentaire et à l’industrialisation agricole.
Former des diplômés… et des entrepreneurs
Alors que le Cameroun affiche l’objectif de produire 10 millions de tonnes de banane plantain par an dans le cadre de la SND30, la question de l’employabilité des jeunes demeure l’un des principaux défis du pays.
C’est dans ce contexte que la FBPC, en partenariat avec plusieurs instituts privés d’enseignement supérieur, a lancé une nouvelle cohorte de 500 étudiants baptisée « Promotion Paul Biya ».
L’initiative repose sur un concept simple : transformer l’université en pépinière d’entreprises agricoles.
Les étudiants ne sont plus uniquement des apprenants, mais deviennent des acteurs économiques impliqués dans la production et la commercialisation de la banane plantain.
Un modèle économique inédit
L’originalité du programme réside dans son modèle de gouvernance.
L’étudiant, son établissement et la filière deviennent coactionnaires de l’activité agricole créée.
Cette approche rompt avec le schéma traditionnel où l’université forme avant que le marché du travail n’absorbe les diplômés.
Selon les promoteurs du projet, les étudiants pourront générer des revenus tout en poursuivant leurs études.
Une perspective particulièrement attractive dans un contexte où l’insertion professionnelle des diplômés reste difficile.
Au-delà de la création de revenus individuels, le programme vise aussi à renforcer la viabilité financière des instituts privés d’enseignement supérieur en leur offrant de nouvelles sources de recettes.
Un impact économique ambitieux
Les chiffres avancés témoignent de l’ambition du projet.
À horizon de cinq ans, les responsables espèrent accompagner 10 000 étudiants et favoriser la création de 10 000 entreprises dans la chaîne de valeur de la banane plantain.
Pour la première cohorte de 500 étudiants, un chiffre d’affaires minimal de 855 millions de FCFA est projeté après onze mois d’exploitation.
Le programme prévoit également la distribution de 250 000 vitroplants à haut rendement, soit 500 plants par étudiant.
Vers une souveraineté alimentaire renforcée
Au-delà de l’emploi, l’initiative s’inscrit dans une stratégie de substitution aux importations et de développement de la transformation locale.
La création de petites unités industrielles destinées à produire farine, chips et autres dérivés du plantain illustre cette volonté de capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Reste désormais à transformer l’essai.
Si les objectifs annoncés sont atteints, cette expérience pourrait devenir l’un des modèles les plus innovants d’intégration entre université, entrepreneuriat et agriculture en Afrique centrale.
Une démonstration que l’avenir de l’emploi des jeunes pourrait aussi se cultiver dans les champs.












