
L’audience du Tribunal Militaire de Yaoundé a basculé ce mardi dans une phase décisive avec la déposition fleuve du Colonel Otoulou. Ancien commandant de la Légion de Gendarmerie du Centre au moment du drame, cet officier supérieur a exposé de manière implacable les preuves et les contradictions flagrantes qui accablent l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et son bras droit, le journaliste Bruno Bidjang.
Dès son entrée à la barre, le Colonel Otoulou a planté le décor d’une traque méthodique. Face à un enlèvement d’une précision chirurgicale, commis sans laisser de traces de vidéosurveillance devant un poste de gendarmerie, le haut gradé a rapidement orienté ses recherches vers des spécialistes. C’est l’interpellation du directeur des opérations de la DGRE, Justin Danwe, et de son complice Ebo, qui va ouvrir la voie vers les véritables commanditaires.
Le témoignage du Colonel Otoulou a mis en lumière le double jeu de Jean-Pierre Amougou Belinga. Au départ de l’enquête, le puissant homme d’affaires affiche un mépris souverain face aux enquêteurs, déclarant avec arrogance :
« Moi, quand un enfant me dérange, je le fouette et je lui donne l’argent ».
Il nie alors toute implication, prétendant simplement que Justin Danwe est un ami qui lui fournit des renseignements.
La stratégie de défense d’Amougou Belinga s’effondre lorsque le Colonel Otoulou ordonne une confrontation directe et immédiate entre l’homme d’affaires et l’officier de la DGRE. Acculé par les questions du gendarme, Justin Danwe craque et lâche devant son complice :
« Mon colonel, je change ma déclaration. Je connais très bien M. Amougou ».
Le Colonel Otoulou détaille alors au tribunal le pacte financier conclu directement au domicile d’Amougou Belinga, où les deux hommes ont planifié l’opération pour « faire taire » Martinez Zogo en échange d’une avance sur solde.
Preuves à l’appui, le colonel révèle que la gendarmerie a pu retracer, grâce aux caméras de surveillance, les déplacements secrets de Danwe vers l’immeuble Ekang d’Amougou Belinga pour lui rendre compte du bon déroulement de l’enlèvement.
Le rôle de Bruno Bidjang, directeur général du groupe de presse d’Amougou Belinga, a également été mis à nu par le Colonel Otoulou.
Lors de l’arrestation du journaliste, le colonel exige qu’il déverrouille son téléphone. À l’intérieur, les enquêteurs découvrent un message particulièrement lourd de sens envoyé à Paul Daisy Biya :
« Le jour J, ça sera sans pitié pour Martinez. Pour lui Martinez ».
Interrogé par le Colonel Otoulou sur la signification de ce mystérieux « Jour J », Bruno Bidjang tente de se défendre en affirmant qu’il faisait référence à une future incarcération légale, prétendant qu’Amougou Belinga disposait de puissants appuis dans l’appareil judiciaire.
Mais pour les enquêteurs, la proximité fusionnelle entre les deux hommes, décrits par le colonel comme « l’ongle et le doigt », ne laisse planer aucun doute sur la complicité de Bidjang dans la préparation du drame.
La déposition du Colonel Otoulou s’est également attardée sur la disparition suspecte d’un téléphone iPhone appartenant à l’épouse d’Amougou Belinga, Melissa, qui l’avait remis à sa ménagère. Pour le témoin, cette disparition soudaine au moment des interpellations démontre une volonté manifeste de dissimuler des preuves compromettantes.
À 17h10, après ces révélations fracassantes qui resserrent l’étau autour d’Amougou Belinga et de Bruno Bidjang, le tribunal a prononcé le renvoi de la cause aux 03 et 04 août 2026. Cette suspension, demandée par la défense de l’État, permettra de poursuivre le contre-interrogatoire du Colonel Otoulou et d’entendre de nouveaux témoins clés.











