L’audience de cross-examination dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a pris une tournure particulièrement tendue entre Léopold Maxime Eko Eko, ancien Directeur général de la Recherche extérieure (DGRE), et le colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien commandant de la légion de gendarmerie du Centre et acteur des premières investigations. Interrogé par Eko Eko, le colonel Otoulou a reconnu avoir dirigé seul les premières opérations avant la mise en place de la commission d’enquête mixte. La défense s’est notamment attardée sur la géolocalisation de Martinez Zogo et sur le rôle supposé d’un agent de la DGRE qui aurait « forcé le système GTO » pour localiser le journaliste. À cette question, Otoulou a répondu : « Nous avions des pistes et nous avons fait ce que nous avons pu faire par rapport à nos recherches. » Les conditions d’audition d’Eko Eko ont également donné lieu à un échange tendu.
L’ancien patron de la DGRE affirme que le colonel Otoulou ne lui aurait posé aucune question, l’audition ayant été menée, selon lui, par le colonel Eloundou. « C’est vous qui le dites », lui a répondu Otoulou. Eko Eko a alors dénoncé ce qu’il qualifie d’« amnésie sélective légale », contestant ainsi la rigueur de certains actes de la première enquête. Mais c’est sur le terrain de la haute sécurité nationale que les déclarations d’Eko Eko ont donné une nouvelle dimension aux débats. L’ancien patron du renseignement extérieur affirme qu’au moment des faits, il conduisait, sur instruction du chef de l’État Paul Biya, une enquête confidentielle sur un présumé projet de coup d’État. Il soutient avoir quitté ses fonctions opérationnelles pour rédiger un rapport consacré à cette affaire, rapport qu’il affirme avoir déposé à la Présidence de la République le 30 janvier. Le lendemain, 31 janvier, il était arrêté par la gendarmerie. Eko Eko présente cette proximité chronologique comme un élément important de sa défense et affirme avoir également évoqué, lors de ses auditions, une possible guerre de clans autour de la succession au sommet de l’État, dans laquelle il inscrit le meurtre de Martinez Zogo.
Interrogé sur certaines questions relatives à la hiérarchie institutionnelle, le colonel Otoulou s’est pour sa part limité à répondre : « Je n’ai pas de réponse à cette question ». Ces déclarations demeurent celles de l’accusé et devront être confrontées aux éléments du dossier et aux débats contradictoires. La chronologie évoquée à la barre alimente désormais les interrogations : le 26 janvier, une injonction aurait été donnée à Eko Eko de rendre son rapport ; le 30 janvier, il affirme l’avoir remis à la Présidence de la République ; le 31 janvier, il était arrêté. Au-delà des divergences entre les deux hommes sur la conduite des premières investigations, ce face-à-face met donc en lumière des questions qui dépassent le seul cadre criminel : fonctionnement de la chaîne de commandement, exploitation des données de géolocalisation, conditions des auditions, rôle des services de renseignement et, surtout, existence alléguée d’une enquête sur un présumé projet de coup d’État. Il appartient désormais au Tribunal militaire de départager les versions, d’apprécier la valeur des déclarations faites à la barre et de déterminer ce qui relève des faits établis, des zones d’ombre de l’enquête ou de la stratégie de défense.











