Ce n’est plus une crise de gouvernance, c’est une hémorragie financière à ciel ouvert.
Une enquête menée par le Pr Viviane Ondoua Biwolé, spécialiste reconnue en gouvernance et politiques publiques, met en lumière un système où l’illégalité des dirigeants coûte une fortune astronomique au contribuable camerounais. Sur 89 structures étatiques analysées, le constat est sans appel : les lois de 2017 fixant les mandats des dirigeants sociaux sont massivement violées, maintenant à la tête de nos fleurons économiques des équipes hors-la-loi. Ce statu quo institutionnel paralyse le secteur public marchand et détruit la richesse nationale.
La législation camerounaise de juillet 2017 est pourtant claire : elle limite le mandat des directeurs généraux à une période de trois ans, renouvelable deux fois, soit une durée maximale de neuf ans au même poste. Pour les présidents de conseil d’administration, le principe de renouvellement suit des restrictions similaires pour éviter l’enracinement et l’inertie. Pourtant, l’enquête révèle un maintien globalisé dans l’illégalité.
Sur le terrain, 77 Présidents de Conseil d’Administration exercent aujourd’hui au-delà de la durée légale.
Plus flagrant encore, 102 Directeurs Généraux et Directeurs Généraux Adjoints sont officiellement hors-la-loi, solidement ancrés à leur poste malgré l’expiration de leurs mandats. Certains dirigeants cumulent ainsi plus de quinze ou vingt ans à la tête d’une même entité, transformant des structures publiques en quasi-propriétés privées où l’obligation de performance a disparu.
Pour le seul exercice 2022, la facture de cette mauvaise gouvernance s’élève à 40 milliards de FCFA. Ce déficit cumulé est la conséquence directe d’une gestion déconnectée des réalités du marché, d’un manque de vision stratégique et de l’absence de comptes à rendre. Lorsqu’un dirigeant sait son mandat expiré et sa position illégale, sa priorité migre de la performance économique vers la survie politique, entraînant des décisions d’investissement désastreuses, des recrutements pléthoriques et des dépenses de prestige.
Cette somme colossale de 40 milliards de FCFA, au lieu de financer les infrastructures, la santé ou l’éducation, s’évapore dans les déficits chroniques de structures sous perfusion.
Plus grave encore, la gestion défaillante de ces équipes hors-mandat a conduit 4 sociétés publiques majeures à la faillite technique.
En clair, ces entreprises ont entièrement consommé la totalité de leurs capitaux propres. Leurs dettes dépassent de loin la valeur de leurs actifs, et sur un marché concurrentiel normal, elles auraient mis la clé sous la porte depuis longtemps. Elles ne survivent aujourd’hui que grâce à un acharnement thérapeutique financier que l’on appelle les subventions d’équilibre.
L’État camerounais injecte massivement et de manière continue l’argent public pour payer les salaires et couvrir les charges courantes de ces coquilles vides, au détriment de l’investissement productif.
Pour comprendre la gravité de la situation, il faut mettre ces chiffres en perspective avec les besoins du pays. Les 40 milliards de FCFA perdus en une seule année représentent le coût de construction de dizaines d’écoles modernes, de centaines de forages d’eau potable, de dizaines de kilomètres de routes bitumées ou de l’équipement de pointe pour plusieurs hôpitaux régionaux. C’est autant d’argent soustrait au développement du Cameroun pour maintenir les privilèges d’une élite managériale administrativement déchue.
L’enquête du Pr Viviane Ondoua Biwolé dresse un diagnostic clinique implacable : le non-respect des règles de renouvellement des dirigeants n’est pas un simple détail administratif ou une informalité tolérable. C’est le moteur principal d’une destruction de valeur économique à grande échelle.











