Le scénario est devenu une intolérable routine pour les Yaoundéens.
À la moindre averse, le cœur battant de la capitale camerounaise sombre dans le chaos.
Cette après midi encore, des torrents de boue ont totalement paralysé la Poste centrale et l’avenue Kennedy, submergeant les véhicules, piégeant les piétons et asphyxiant l’activité économique.
Ce spectacle de désolation n’est plus un simple fait divers météorologique : c’est le naufrage programmé d’une gestion urbaine défaillante face à un phénomène pourtant hautement prévisible.
Cette énième noyade du centre-ville sonne comme un aveu d’impuissance et ravive la colère légitime des citadins.
Depuis 2020, les promesses de modernisations portées par le Maire de la ville, Luc Messi Atangana, et les annonces à répétition du Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain, dirigé par Célestine Ketcha Courtès, s’enchaînent sans effet.
Sur le terrain, le constat est implacable : les budgets d’assainissement se volatilisent, mais l’eau, elle, reste.
Les commerçants de l’avenue Kennedy, exaspérés de voir leurs marchandises détruites à chaque saison des pluies, ne croient plus aux discours officiels pendant qu’ils écopent leurs boutiques.
Pourtant, cette crise n’a rien d’une fatalité divine.
C’est un échec technique et politique flagrant.
Le centre de Yaoundé paie le prix fort d’un sous-dimensionnement chronique de ses drains, totalement inadaptés à l’explosion démographique de la cité.
À cela s’ajoutent l’imperméabilisation anarchique des sols par le bétonnage et l’obstruction systématique des caniveaux par des tonnes de déchets plastiques.
Le cocktail est connu, le diagnostic est posé depuis des décennies, mais les solutions d’ingénierie lourdes attendent toujours dans les tiroirs des administrations.
Il est temps de dépasser les opérations de communication et le curage cosmétique des caniveaux à la veille des orages.
Le cœur de Yaoundé exige une thérapie de choc :
- création de bassins de rétention en amont,
- recalibrage massif des collecteurs,
- tolérance zéro contre l’incivisme urbain.
Le Maire et la Ministre doivent enfin siffler la fin de la récréation.
La capitale politique du Cameroun ne peut plus voir sa vie s’arrêter à chaque ondée.
Il en va de la crédibilité de l’État, de la survie de son économie locale et de la dignité de ses habitants.
Le temps des promesses est noyé, place à l’action.












