C’est une carcasse de béton qui toise le centre-ville de Yaoundé comme un reproche.
L’immeuble-siège de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) à Warda n’est plus un simple siège ; c’est le miroir déformant des crises de gouvernance, des ruptures de continuité et des batailles d’ego qui minent le football camerounais depuis plus de deux décennies.
Entre financements évaporés, audits accablants et querelles de clochers, chronique d’un projet qui a refusé de voir le jour.
Tout commence en 2010. Porté par l’euphorie de la première Coupe du Monde en terre africaine, Iya Mohammed lance le projet grâce aux retombées financières de la compétition. L’entreprise Guimar décroche le contrat pour 1,5 milliard de FCFA.
Mais en 2013, le ciel tombe sur la tête du football camerounais. L’incarcération d’Iya Mohammed stoppe net les bétonnières. Le chantier entre dans sa première phase d’hibernation, laissant derrière lui un goût amer de projet inachevé.
Après l’intermède de Joseph Owona, focalisé sur la gestion des affaires courantes, l’élection de Tombi à Roko Sidiki en 2015 laissait espérer une reprise. Pourtant, l’ancien bras droit d’Iya Mohammed choisit la fuite en avant.
Plutôt que de terminer l’édifice de Warda, il disperse les ressources dans la construction de stades à Bafia, Bangangté ou Sangmélima. Des projets qui, eux aussi, resteront inaboutis.
Warda devient alors le symbole d’un héritage encombrant que personne n’ose toucher, une situation qui perdurera sous le mandat de transition de Me Dieudonné Happi.
En 2019, Seidou Mbombo Njoya hérite du dossier. L’audit qu’il commande est un électrochoc : Guimar a déjà perçu 900 millions sur les 1,5 milliard initiaux pour seulement 90% du gros œuvre réalisé, alors que les délais sont largement dépassés.
Pour finir, l’entreprise réclame désormais 2,4 milliards supplémentaires.
S’ensuit un bras de fer judiciaire remporté par la FECAFOOT. Njoya redessine alors le projet avec la FIFA et l’entreprise PAC International. Le plan est ambitieux : transformer le siège en un immeuble rentable avec deux étages supplémentaires pour des bureaux locatifs, générant 30 millions de FCFA par mois.
Le coût grimpe à 4 milliards, mais pour un immeuble livré tout équipé.
Pourtant, au moment de transformer l’essai, Njoya vacille. Fragilisé par l’annulation de son élection par le TAS, il hésite à signer l’accord de prêt final et à rapatrier les 650 millions de quote-part épargnés à la FIFA.
Il préfère attendre une légitimité que les urnes lui refuseront le 11 décembre 2021.
L’arrivée de Samuel Eto’o à la tête de la fédération aurait dû être le point final de cette épopée. Mais la méfiance envers les réalisations de son prédécesseur prend le dessus. L’accord avec PAC International est rompu, ouvrant un nouveau front conflictuel.
Malheureusement pour l’exécutif actuel, l’entreprise résiste et dispose de solides appuis. Après avoir perdu son bras de fer, la FECAFOOT est contrainte de revenir à la table des négociations pour un accord a minima. Résultat : quatre années supplémentaires ont été perdues sur l’autel de la suspicion.
Aujourd’hui, l’immeuble de Warda reste un monument à la gloire de l’instabilité. Chaque président a voulu y imprimer sa marque ou effacer celle du précédent, oubliant que l’argent investi est celui du football camerounais.
En plus de 20 ans, le coût prévisionnel a explosé. Aujourd’hui le chantier achevé et l’inauguration prévue pour ce 13 mai, Warda n’attend plus des bâtisseurs, il attend désormais des dirigeants capables de placer l’intérêt général au-dessus des querelles de personnes.












