Présentée comme une nouvelle réponse aux fragilités du secteur énergétique camerounais, la Société camerounaise de développement de l’électricité (Socadel) apparaît déjà comme un instrument de gestion d’urgence dans un système en crise permanente.
Entre délestages récurrents, infrastructures vieillissantes et barrages sous-exploités, cette nouvelle structure devra démontrer qu’elle peut dépasser le simple rôle de colmatage administratif.
Au Cameroun, la chaîne de l’électricité repose sur trois piliers : la production, le transport et la distribution.
La production reste largement dominée par l’hydroélectricité grâce aux barrages de la Sanaga, tandis que le transport dépend des lignes haute tension et que la distribution demeure concentrée autour d’un concessionnaire unique. Malgré les investissements réalisés ces dernières années, les coupures continuent de perturber les ménages, les entreprises et l’activité industrielle.
Le paradoxe camerounais devient de plus en plus visible : le pays dispose de barrages capables de produire davantage d’énergie, mais plusieurs infrastructures demeurent sous-exploitées, insuffisamment raccordées ou incapables de fonctionner à plein rendement.
Certaines centrales peinent encore à injecter efficacement leur production dans le réseau national faute de capacités suffisantes de transport et de distribution. Résultat : l’électricité produite n’arrive pas toujours correctement jusqu’aux consommateurs.
Dans ce contexte, la création de la Socadel révèle surtout les limites d’un modèle énergétique fragmenté. Plusieurs observateurs redoutent qu’un nouvel acteur institutionnel ne vienne accentuer les lenteurs administratives dans un secteur déjà marqué par les chevauchements de compétences et le manque de coordination entre opérateurs publics et privés.
Pour de nombreux experts, la véritable réforme passe désormais par la mise en place d’une institution forte capable d’assurer la cohésion entre la production, le transport et la distribution.
L’absence de pilotage intégré affaiblit l’ensemble du système et ralentit les investissements stratégiques. Moderniser durablement l’électricité camerounaise exigera donc moins de structures supplémentaires que d’une gouvernance centralisée, capable d’optimiser les barrages existants, de fluidifier les réseaux et de restaurer la confiance des investisseurs.
Au Cameroun, l’électricité est devenue bien plus qu’un enjeu technique : elle conditionne désormais la souveraineté économique et la crédibilité de l’action publique.












