L’ex Office chérifien des phosphates, la société publique qui détient le monopole de son exploitation au Maroc a frappé un coup financier historique : c’est le premier instrument hybride en dollars émis par le groupe et le premier de ce type lancé par une entreprise africaine sur les marchés internationaux.
C’est une double première sur le continent noir. Une entreprise africaine a réussi une émission obligataire hybride de 1,5 milliard de dollars sur le marché international des capitaux. Le continent doit cet exploit au géant marocain des phosphates, le groupe OCP, qui fait ainsi son entrée sur le marché des obligations en dollars, selon un communiqué du groupe cité par l’agence officielle MAP.
L’opération a eu lieu le 16 avril 2026. Il s’agit d’une émission obligataire hybride sur les marchés financiers, qui combine des instruments financiers de dettes et de quasi fonds propres : ce qui permet au groupe OCP de lever des fonds tout en renforçant ses fonds propres grâce à un traitement favorable selon les normes comptables IFRS (100% equity) et les agences de notation (50% equity credit chez Moody’s et S&P).
Dans le détail, l’opération est structurée en deux tranches : les coupons ont été fixés à 6,74% pour la tranche quérable en avril 2031 et 7,37% pour la tranche quérable en avril 2036. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout l’accueil du marché qui retient l’attention des analystes. L’offre a reçu une réponse « forte » de la part des investisseurs, « avec des demandes de souscription dépassant de 4,6 fois » le montant émis tandis que « 176 investisseurs de 23 pays » ont participé à l’opération, précise le communiqué du groupe OCP.
Pour les analystes, il s’agit à travers cette structuration d’un levier stratégique de financement du groupe et confirme sa reconnaissance auprès de la communauté des investisseurs institutionnels mondiaux, notamment dans un contexte où les groupes industriels cherchent à financer leur croissance sans toutefois alourdir leurs dettes.
En 2025, OCP a réalisé un chiffre d’affaires de 113,9 milliards de dirhams (environ 12,19 milliards de dollars), en progression de 17 % sur an. Fin 2022, le groupe avait annoncé un vaste programme d’investissement d’environ 14 milliards de dollars, visant à « accroître ses capacités de production d’engrais » et à « s’engager à atteindre la neutralité carbone avant 2040 » ; précisant que « toutes ses installations industrielles seront alimentées par des énergies vertes d’ici à 2027 », y compris les usines de dessalement de l’eau de mer utilisées pour produire des fertilisants.
L’émission obligataire hybride du groupe OCP a été arrangée par BNP Paribas, JPMorgan et Citi ; dans un environnement pourtant marqué par des incertitudes géopolitiques et un contexte de transformation du marché mondial des engrais-phosphates et la fermeture du Détroit d’Ormuz qui a entrainé la hausse de 35% du prix du soufre, une intrant essentiel pour la production [des engrais phosphates]. Les prix des engrais sont orientés à la hausse tandis que la demande mondiale reste soutenue, avec une croissance mondiale attendue de 30% par an jusqu’en 2030.
Le Maroc détient environ 70% des réserves mondiales de phosphate, base de la production d’engrais, se classant au premier rang des producteurs en Afrique et au deuxième rang mondial derrière la Chine. Le pays représente 31% du marché mondial du phosphate, selon le groupe.












