C’est un véritable hold-up d’État, documenté, chiffré et implacable.
Depuis 2016, le sous-sol du Cameroun est méthodiquement vidé de sa substance au profit des Émirats arabes unis (EAU). Plus de 72 000 kilogrammes d’or ont été exportés illégalement du pays.
En face, les registres officiels de l’État camerounais affichent un chiffre dérisoire, presque insultant : à peine 200 kg légalement déclarés.
Le circuit informel a englouti environ 3 100 milliards de FCFA. À elle seule, la contrebande vers Dubaï a fait perdre près de 2 000 milliards de FCFA à l’État en l’espace de 5 ans, selon les pointages de la Société Nationale des Mines (Sonamines).
Malgré les alertes répétées et insistantes de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE), les exportations illégales d’or du Cameroun se sont accentuées en 2024 et 2025.
Sur le dernier exercice annuel, le trafic a atteint un pic critique de 8,4 tonnes d’or sorties frauduleusement du territoire.
Cette accélération a poussé la Sonamines à sortir de sa réserve. Le bras armé de l’État dans le secteur minier a formellement haussé le ton, précisant qu’elle est désormais en droit d’engager des poursuites judiciaires.
L’heure est à la traque et à l’identification des réseaux : une fois les responsabilités individuelles et morales établies, les tribunaux seront saisis.
Le rapport 2023 du Comité ITIE met en lumière cette contradiction flagrante : sur l’année 2023, 953 kilogrammes d’or ont été officiellement produits au Cameroun, mais seulement 22,3 kilogrammes ont fait l’objet d’une exportation légale.
Plus de 930 kg de métal précieux se sont évaporés en douze mois.
Cette informalité chronique est entretenue par l’anarchie qui règne sur les sites miniers.
En mai 2026, le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, a levé le voile sur l’ampleur du désastre : environ 200 entreprises opèrent de manière totalement illicite dans l’exploitation artisanale ou semi-mécanisée au sein des régions de l’Est et de l’Adamaoua.
Plus grave encore pour la souveraineté économique du pays, 95 % de ces entreprises clandestines sont étrangères. Elles extraient la richesse nationale hors de tout cadre légal et sans verser le moindre franc de taxe à l’État.
Ce pillage à grande échelle n’est pas un phénomène récent. Il s’est structuré et amplifié sur près de deux décennies dans une impunité totale.
Les bases de données d’INTERPOL révélaient déjà une anomalie historique majeure entre 2008 et 2018 : sur cette décennie, les importations d’or des Émirats arabes unis en provenance du Cameroun sont passées de 0,3 à 11,7 tonnes annuelles.
Pourtant, sur la même période, les chiffres officiels des exportations annuelles vers les Émirats déclarés par les autorités camerounaises n’ont jamais franchi le seuil ridicule des 32 kg.
Ce décalage statistique insensé démontre qu’à l’époque, plus de 11 000 kg d’or sortaient déjà des circuits douaniers, échappant totalement au contrôle et à la fiscalité de l’État.
Le hub financier de Dubaï a bâti une partie de sa puissance sur l’accueil de ces flux d’or non tracés.
La valeur des importations d’or aux EAU a connu une trajectoire exponentielle, passant de 36,8 millions de dollars en 2000 à un sommet astronomique de 48,2 milliards de dollars en 2021 (Ndoricimpa, 2024).
Cette attractivité émiratie repose sur une opacité réglementaire volontaire.
Comme le soulignent les experts Blore et Hunter (2020), les contrôles sur la traçabilité et l’origine de la ressource y sont quasi inexistants.
Une fois passées les frontières poreuses du Cameroun, les cargaisons d’or illégales perdent instantanément leur origine suspecte.
Elles sont fondues, coulées en lingots neufs et injectées sur le marché mondial sous le label émirati, parachevant ainsi le circuit du blanchiment.












