Entre soulagement douanier et piège de la dépendance, les industriels du Vieux Continent retoussent leur stratégie face au grand large.
Le constat est partagé dans les conseils d’administration de Francfort, Milan et Paris : l’essoufflement politique de l’exécutif américain est accueilli avec un soulagement teinté de prudence. Pour les exportateurs européens, engoncés dans une conjoncture anémiée, le frein mis aux ardeurs protectionnistes de la Maison-Blanche évite le scénario catastrophe d’une guerre douanière totale. Les secteurs clés – de la pharmacie allemande aux grands crus français, en passant par la machine-outil transalpine – respirent. La menace de surtaxes punitives automatiques s’éloigne, redonnant un peu de visibilité à des carnets de commandes malmenés.
Pourtant, ce répit institutionnel ne résout rien sur le fond. L’Europe ne peut plus se bercer d’illusions. Si les barrières tarifaires directes perdent de leur virulence sous l’effet des contre-pouvoirs américains, la subversion réglementaire et la politique agressive des subventions locales (à l’instar de l’Inflation Reduction Act) restent, elles, bien ancrées. Le message adressé aux capitales européennes est d’une limpidité cruelle : Washington restera imprévisible, qu’un locataire omnipotent ou entravé siège au Bureau ovale.
Face à cette vulnérabilité structurelle, la réponse européenne s’organise, non sans douleur. Bruxelles et les grands patrons accélèrent une diversification géographique devenue vitale. L’Asie du Sud-Est, les marchés émergents africains et l’approfondissement du marché unique ne sont plus de simples slogans incantatoires, mais de impératifs de survie économique. Les flux transatlantiques, jadis considérés comme un fleuve tranquille, ressemblent désormais à un chenal semé d’embûches.
En définitive, ce désaveu américain offre à l’Europe une fenêtre de tir inespérée, mais chronométrée. Le Vieux Continent doit cesser de retenir son souffle à chaque soubresaut politique d’outre-Atlantique. L’autonomie stratégique n’est plus une option géopolitique : c’est le seul bouclier d’une économie européenne en quête de souveraineté.












