À Yaoundé, les « Cocoa Days » ont ouvert un nouveau chapitre du dialogue entre le Cameroun, l’Union européenne et les géants mondiaux du cacao. Derrière les impératifs de lutte contre la déforestation, le gouvernement camerounais pose une question devenue centrale : comment imposer des normes toujours plus exigeantes aux producteurs africains sans leur garantir une rémunération digne ?
Le temps des vérités
Il y avait, mercredi à l’hôtel Mont Fébé de Yaoundé, bien plus qu’une simple cérémonie d’ouverture.
En lançant la première édition des « Cocoa Days », le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a voulu transformer une rencontre technique en tribune politique.
Face aux représentants de l’Union européenne, des grandes maisons du négoce et des partenaires internationaux, le Cameroun a rappelé une évidence souvent reléguée au second plan : aucune transition écologique ne sera durable si elle condamne ceux qui produisent la richesse.
Depuis près d’une décennie, les échanges entre Yaoundé et Bruxelles cherchent à rapprocher les exigences environnementales des réalités économiques de la filière.
Les nouvelles règles européennes sur la déforestation constituent désormais le principal défi auquel sont confrontés les producteurs camerounais.
Le prix de la durabilité
Dans un discours offensif, Luc Magloire Mbarga Atangana a dénoncé un déséquilibre persistant dans la répartition de la valeur.
Si les producteurs investissent davantage pour satisfaire aux nouvelles normes de traçabilité et de durabilité, ils demeurent les premiers exposés aux soubresauts des marchés internationaux.
Après l’envolée exceptionnelle des cours mondiaux du cacao, les prix connaissent déjà un reflux qui fragilise de nombreuses exploitations.
Pour le ministre, cette volatilité révèle les limites d’un système où les risques sont assumés par les planteurs tandis que les marges les plus importantes sont captées par les acteurs situés en aval de la chaîne.
Sans remettre en cause les ambitions environnementales européennes, Yaoundé refuse que la protection des forêts africaines se transforme en « écologie punitive », expression qui résume le sentiment grandissant d’une partie des producteurs.
Vers un nouvel équilibre
Pendant trois jours, industriels, coopératives, administrations publiques et partenaires techniques tenteront d’esquisser les contours d’un nouveau pacte pour le cacao camerounais.
L’enjeu dépasse largement la seule filière : il interroge la place des pays producteurs dans la gouvernance mondiale des matières premières agricoles.
En concluant les travaux d’ouverture, le ministre du Commerce a fixé le cap : oui à la durabilité, mais également à la profitabilité, à des prix décents, à une rémunération équitable des producteurs et à une transparence accrue des marchés.
Une position qui traduit l’ambition du Cameroun de faire reconnaître qu’une économie verte ne peut prospérer durablement sans justice économique.












