Depuis la Prison centrale de Yaoundé, l’ancien porte-parole de Maurice Kamto revient sur près de quinze années de compagnonnage avec celui qui était alors un acteur régulier des débats médiatiques et intellectuels de Yaoundé. Il rappelle les émissions radiophoniques partagées, les réseaux de réflexion auxquels ils ont participé et plusieurs épisodes personnels au cours desquels il affirme avoir apporté son soutien à Cabral Libii et à sa famille. Mais c’est surtout la rencontre post-électorale de Nkolndongo qui concentre aujourd’hui le contentieux. Bibou Nissack affirme que cette rencontre avait pour objectif d’explorer une possibilité d’alliance politique après le scrutin et non de récupérer des milliers de procès-verbaux. Il conteste ainsi frontalement la version attribuée à Cabral Libii concernant une prétendue remise de PV. Cette controverse doit être replacée dans un contexte où les procès-verbaux occupaient une place centrale dans le discours électoral de 2018 : quelques jours après le scrutin, Cabral Libii déclarait lui-même publiquement s’appuyer sur des PV, des informations provenant du terrain et des statistiques de la Commission nationale de recensement des votes pour dénoncer ce qu’il présentait comme un vol de la victoire.
Le rapport officiel d’Elecam confirme également qu’il avait saisi le Conseil constitutionnel pour demander l’annulation totale de l’élection présidentielle. Le récit de Bibou Nissack met ensuite Cabral Libii devant une contradiction qu’il présente comme centrale : d’un côté, le député affirme avoir disposé d’un important dispositif documentaire issu du scrutin de 2018 ; de l’autre, l’ancien collaborateur de Maurice Kamto affirme qu’aucune remise de milliers de procès-verbaux n’a eu lieu lors de leur rencontre de Nkolndongo. Bibou Nissack décrit une entrevue en tête-à-tête, après l’évacuation de l’état-major de campagne de Cabral Libii, au cours de laquelle les échanges auraient principalement porté sur les rapports entre les différentes composantes de l’opposition et sur les conditions d’une éventuelle alliance. Il affirme également qu’un second rendez-vous prévu à Elig-Essono n’aurait jamais abouti, Cabral Libii ayant, selon son récit, cessé de répondre à ses appels. À cela s’ajoute un autre aspect de la lettre : Bibou Nissack oppose au discours politique actuel de Cabral Libii le souvenir d’une relation personnelle beaucoup plus étroite, rappelant son implication alléguée dans la défense de son épouse alors qu’elle était encore sa fiancée, son accompagnement lors des cérémonies de mariage et son déplacement à l’Hôpital Central de Yaoundé pour donner du sang au frère du député.
La charge portée par Bibou Nissack vise ainsi une mémoire qu’il considère comme sélective. Il soutient notamment que le discours actuel sur la mutualisation des forces de l’opposition entre en contradiction avec certains choix opérés au cours des séquences électorales de 2018 et 2025. Au fond, la controverse ne porte donc plus uniquement sur une ancienne rencontre entre deux responsables politiques. Elle porte sur la fiabilité des récits produits plusieurs années après une élection dont les contestations ont profondément marqué la vie politique camerounaise. Le rapport d’Elecam permet d’établir une donnée essentielle : Cabral Libii avait officiellement contesté le scrutin de 2018 devant le Conseil constitutionnel et demandé son annulation totale, tandis que sa requête avait été rejetée pour des raisons liées à la précision des faits et moyens invoqués. La lettre de Bibou Nissack ajoute désormais une autre couche à cette histoire en affirmant que le récit fait aujourd’hui de la circulation des PV ne correspond pas à ce qui se serait réellement passé à Nkolndongo.











