Il est 12h04 lorsque l’audience s’ouvre enfin dans la grande salle du Tribunal militaire de Yaoundé, après un retard provoqué par une coupure générale d’électricité. Le président du Tribunal, M. Missé Njone, présente ses excuses aux avocats, aux prévenus et au public. Mais la tension monte rapidement.
Dès l’ouverture des débats, le Commissaire du Gouvernement, le Lieutenant-Colonel Docteur Atemegue Eric, dénonce l’usage jugé anarchique des téléphones portables dans la salle ainsi que les comptes rendus qu’il estime biaisés ou déformés à la sortie des audiences. Le président du siège appuie cette mise en garde par une métaphore : « Même lorsqu’on dispose d’une autorisation de port d’arme, l’exhiber en tout temps et en tout lieu relève de l’irresponsabilité ».
Les accusés, notamment Amougou Belinga, Maxime Léopold Eko Eko et Justin Danwé, prennent ensuite place à la barre. Le calme est toutefois de courte durée.
À l’appel du 34e témoin de l’accusation, le Colonel Bialo, le Parquet informe le Tribunal de son impossibilité de comparaître, en raison d’un ordre de mission officiel, et sollicite le renvoi. Le document est produit et transmis aux parties. Cette absence déclenche une vive confrontation entre l’accusation et la défense.
Me Charles Tchoungang, avocat d’Amougou Belinga, conteste notamment les circonstances entourant l’ordre de mission, daté du 11 mai 2026 pour une exécution du 2 au 8 octobre, alors que le témoin connaissait sa convocation. Il s’interroge également sur l’absence d’information préalable du Tribunal et dénonce une possible stratégie d’usure, demandant le retrait du témoin ou la poursuite des débats avec un autre témoin.
Les autres conseils adoptent des positions plus nuancées. Me Mbuny déplore surtout le manque d’information préalable, tandis que Me Ofono rappelle le caractère républicain d’une mission militaire et préconise un renvoi à très court terme. Me Claude Assira suggère pour sa part que le Tribunal puisse entendre un autre témoin dès le lendemain.
Me Kenmoe rappelle toutefois que l’audition d’un témoin constitue un ensemble comprenant l’examination in chief, le cross-examination et la re-examination, qui ne peut être scindé. Face aux soupçons de falsification évoqués par Me Tchoungang, le Lieutenant-Colonel Atemegue réplique que les avocats peuvent, s’ils le souhaitent, solliciter une expertise du document produit.
Dans un premier temps, le président Missé Njone fixe le renvoi aux 26 et 27 octobre 2026, provoquant une forte réaction de la défense, qui redoute une nouvelle perte de temps dans une procédure déjà longue. La mobilisation des avocats finit cependant par infléchir la décision.
Me Bamia supplie le président de revoir le calendrier, tandis que Me Ndoumou plaide également pour la célérité des débats. Le Parquet se joint à cette demande et propose une audience dès le retour de mission du Colonel Bialo, après le 8 octobre.
Face à cette convergence inhabituelle entre l’accusation et la défense autour de la nécessité d’accélérer la procédure, le président Missé Njone revient sur sa première décision.
À 13h04, le Tribunal fixe finalement la prochaine audience aux 12 et 13 octobre 2026 à 10 heures, avec pour principal ordre du jour la comparution et l’audition du Colonel Bialo.
Les accusés regagnent leurs cellules dans l’attente de cette nouvelle échéance, le Tribunal affichant désormais la volonté de maintenir un calendrier resserré dans cette affaire qui continue de susciter une forte tension judiciaire et médiatique.












