À 80 ans, Eko Roosevelt continue de faire rayonner son patrimoine musical et aurait décroché un quatrième disque d’or international, une distinction qui souligne la longévité de son œuvre et son influence au-delà des frontières nationales. Ce vendredi 9 octobre 2026, le patriarche a été reçu par le ministre des Arts et de la Culture, Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt, à qui il a présenté cette nouvelle récompense obtenue aux Pays-Bas.
Cette reconnaissance s’inscrit dans une histoire musicale camerounaise marquée par l’émergence, dès les années 1960 et 1970, de grands artistes ayant contribué à faire du makossa l’un des principaux ambassadeurs sonores du pays. À cette époque, des musiciens tels que Manu Dibango, dont le titre « Soul Makossa » connaît une diffusion internationale au début des années 1970, participent à l’ouverture des rythmes africains aux marchés musicaux étrangers. Dans cette dynamique, Eko Roosevelt s’est lui aussi imposé comme un artisan de l’évolution des sonorités camerounaises, en mêlant arrangements instrumentaux, rythmes modernes et références aux traditions musicales locales.
« TONDO », UNE PASSERELLE ENTRE LES GÉNÉRATIONS MUSICALES
Cette nouvelle distinction vient rappeler qu’une œuvre musicale solidement ancrée dans son époque peut continuer à produire des effets plusieurs décennies après sa création. L’un des principaux ressorts de ce rayonnement réside dans « Tondo », une collaboration entre Eko Roosevelt et le duo britannique de musique électronique Disclosure. Le morceau s’inspire de « Tondoho Mba », une composition associée au répertoire de l’artiste depuis les années 1970, et transpose ses sonorités dans un univers contemporain dominé par la house music.
Cette rencontre entre deux générations musicales illustre une évolution majeure de l’industrie culturelle : la redécouverte des catalogues anciens grâce aux samples, aux reprises et aux collaborations internationales. L’histoire de la musique offre plusieurs précédents à cette circulation des œuvres entre les époques. En 1972, Manu Dibango publie « Soul Makossa », dont la diffusion internationale contribue à faire connaître les sonorités camerounaises à un public beaucoup plus large. Plusieurs décennies plus tard, le titre continue d’alimenter la création mondiale, notamment à travers des emprunts et des réinterprétations.
Dans un registre différent, la collaboration entre Eko Roosevelt et Disclosure témoigne de cette capacité des compositions africaines à intégrer de nouveaux paysages sonores. Le succès annoncé de « Tondo », qui aurait franchi la barre des 100 millions d’écoutes sur les plateformes numériques, souligne le potentiel de ces passerelles artistiques.
UN PATRIMOINE MUSICAL TOUJOURS EN MOUVEMENT
Au-delà de cette consécration, le parcours d’Eko Roosevelt rappelle le rôle des pionniers dans la construction du patrimoine musical camerounais. Pianiste, compositeur et arrangeur, il appartient à cette génération d’artistes qui ont contribué à structurer les sonorités populaires du pays, en faisant dialoguer le makossa, le funk, le jazz et les traditions sawa.
Son itinéraire s’inscrit dans une histoire plus large, celle d’un Cameroun dont les musiques ont progressivement franchi les frontières grâce aux orchestres, aux maisons de disques, aux radios et, plus récemment, aux plateformes numériques. Alors que de nombreux artistes de sa génération ont vu leur répertoire s’inscrire dans la mémoire collective, Eko Roosevelt entend poursuivre la création.
Il a annoncé travailler sur un nouvel album studio et devrait retrouver le public le 23 décembre 2026, à l’occasion de la 21e édition de Yaoundé en fête (YAFE), selon les informations communiquées.
Cette perspective donne à sa distinction une dimension supplémentaire : celle d’un artiste qui ne se contente pas de célébrer ses succès passés, mais continue de prendre part à la vie culturelle de son pays.












