Entre rendements essoufflés et départ annoncé de l’actionnaire historique, le géant sucrier renvoie le Cameroun à ses paradoxes : un pays abreuvé de canne mais dépendant des cargaisons venues d’ailleurs.
Des champs sous tension
Ici, la terre a la couleur du cacao mûr et la sueur a le goût du sel. Sur les vingt-cinq mille hectares de plantations qui bordent la Sanaga, la machine agricole fait cruellement défaut. Alors qu’au Brésil la canne déverse des torrents de cent vingt tonnes par hectare, les tracteurs de la SOSUCAM peinent à en arracher la moitié. Les tiges plient, les rendements stagnent à soixante tonnes, et le fossé se creuse.
Chaque année, le pays engloutit trois cent mille tonnes de sucre quand ses usines locales n’en recrachent que cent vingt mille. Le compte n’y est pas. Ce déficit structurel de près de soixante pour cent oblige le Cameroun à colmater les brèches à coup d’importations massives, asséchant les devises et fragilisant un peu plus une filière historique essoufflée par l’âge et la contrebande.
L’horizon incertain du capital
Dans les bureaux feutrés de Paris et de Yaoundé, l’heure est au grand grand ménage. Le groupe SOMDIAA/Castel, actionnaire historique, a acté son retrait, secoué par des soubresauts internes et des pertes financières. L’État, pris de court, contraint de geler en urgence une cession aux contours flous, toise désormais cet outil de production gigantesque.
Derrière les grilles de l’usine, le malaise est palpable. Des milliers de coupeurs de canne, de mécaniciens et de saisonniers s’interrogent. Les populations riveraines, les Lembe-Yezoum, rappellent quant à elles que ces terres fertiles portent la mémoire de leurs droits coutumiers.
Souveraineté ou mirage
Sauver la SOSUCAM ne se résume pas à un simple jeu d’écritures comptables ou à un changement de passeport pour les actionnaires. C’est un combat pour la souveraineté alimentaire. Demain, pour éviter l’asphyxie, le modèle devra muter : imposer un partenariat public-privé strict, mécaniser sans jeter les hommes sur le carreau, et redistribuer la valeur. Le sucre camerounais ne redeviendra doux qu’à ce prix.












