Après près de quinze années de promesses sans lendemain, le gigantesque projet de fer de Mbalam change de récit. En obtenant le rejet de plus de 93 % des prétentions financières de Sundance Resources devant l’arbitrage international, le Cameroun signe une victoire juridique majeure et affirme sa volonté de ne plus laisser ses ressources stratégiques durablement immobilisées.
Le temps des illusions
Découvert parmi les plus vastes gisements de fer à haute teneur d’Afrique, Mbalam devait incarner la renaissance minière du Cameroun. Titulaire des permis depuis 2007, l’australienne Sundance Resources promet alors un complexe intégré mêlant exploitation minière, chemin de fer transfrontalier et terminal minéralier en eau profonde.
Mais les ambitions se heurtent rapidement à la réalité. Malgré plusieurs levées de fonds et des partenaires successifs, dont le groupe chinois Hanlong, aucun financement décisif n’est obtenu. Les années passent sans qu’aucun chantier ne voie le jour, tandis que l’État multiplie les prorogations et les concessions.
Le tournant judiciaire
Après la perte de ses titres, Sundance choisit la voie de l’arbitrage international et réclame plus de 13 milliards de dollars au Cameroun et au Congo. Une stratégie qui va progressivement se retourner contre elle.
En décembre 2025, Brazzaville obtient le rejet intégral des demandes dirigées contre le Congo. Quelques mois plus tard, le 23 juillet 2026, la sentence concernant le Cameroun confirme cette tendance : plus de 93 % des quelque 5 milliards de dollars réclamés sont écartés, le tribunal rejetant notamment la demande de gain manqué, pièce maîtresse de la réclamation.
Le signal d’une nouvelle doctrine
Si un reliquat demeure encore contesté et devrait faire l’objet d’un recours devant la Cour d’appel de Paris, l’essentiel est ailleurs. Cette décision consacre la position défendue par Yaoundé : un permis minier ne saurait devenir un droit perpétuel lorsqu’aucun investissement concret n’est réalisé.
Pendant que les procédures suivaient leur cours, le nouveau titulaire du permis, Cameroon Mining Company, lançait les travaux sur le site. Un contraste saisissant qui marque un changement d’époque. Mbalam devient ainsi le symbole d’une Afrique centrale plus déterminée à protéger ses ressources stratégiques qu’à subir les promesses inabouties des investisseurs.











