Au Cameroun, la polémique autour de la forêt communautaire Djoko-Baka et de la réserve de Ngoyla dépasse largement le cadre de la gestion forestière. Entre accusations de « pillage » portées par certaines organisations de la société civile et réponses argumentées des autorités ainsi que des communautés locales, cette affaire met en lumière une autre réalité : celle de la guerre de l’information qui accompagne désormais chaque grand projet lié aux ressources naturelles. Dans ce contexte, la crédibilité des acteurs devient un enjeu aussi stratégique que la protection des forêts elles-mêmes.
La bataille de l’information avant celle des faits
Les alertes diffusées par plusieurs organisations de la société civile ont rapidement trouvé un écho dans certains médias, donnant l’impression qu’un vaste pillage était en cours dans la forêt communautaire Djoko-Baka et dans la réserve de Ngoyla. Pourtant, lors de la réunion organisée par le ministère des Forêts et de la Faune à Bertoua, les représentants des communautés concernées ont livré un récit sensiblement différent.
Les responsables de l’association Djoko-Baka ont rejeté toute accusation de pillage, affirmant que la gestion de leur forêt demeure encadrée par les textes en vigueur et validée par les communautés elles-mêmes. Les autorités forestières ont, de leur côté, expliqué que les alertes satellitaires de Global Forest Watch ne constituent pas en elles-mêmes la preuve d’une exploitation illégale, mais seulement des signaux nécessitant des vérifications techniques.
Cette divergence montre combien la diffusion de données non contextualisées peut alimenter des interprétations hâtives.
Le risque d’une société civile qui perd sa crédibilité
Dans toutes les démocraties, les organisations de la société civile jouent un rôle essentiel de veille. Mais cette responsabilité implique une exigence de rigueur, de vérification contradictoire et de transparence méthodologique.
Lorsque des accusations graves sont relayées avant tout échange avec les administrations compétentes ou avec les communautés directement concernées, elles exposent leurs auteurs à des critiques sur leur impartialité. À Bertoua, plusieurs représentants d’ONG ont d’ailleurs reconnu que le dialogue avec le MINFOF avait été insuffisant et qu’une meilleure coopération aurait permis de confronter les données disponibles.
Une société civile forte se construit sur la crédibilité de ses analyses, non sur la multiplication d’affirmations qui restent à démontrer.
Les communautés locales au cœur du débat
L’un des enseignements majeurs de cette affaire réside dans la parole des populations concernées. Les représentants Baka et Bantou présents à Bertoua ont affirmé ne pas partager le diagnostic alarmiste présenté dans le communiqué des ONG. Ils ont rappelé que les décisions relatives à la forêt communautaire étaient prises dans un cadre collectif et que les différends récents relevaient davantage de questions de gouvernance interne que d’un supposé pillage organisé.
Cette prise de position invite à éviter une erreur fréquente : parler au nom des communautés sans toujours restituer fidèlement leur propre voix.
La souveraineté environnementale, un défi stratégique
Le Cameroun concentre l’une des plus importantes réserves forestières d’Afrique centrale. Cette richesse attire naturellement des intérêts économiques, environnementaux et géopolitiques parfois divergents.
Dans ce contexte, les débats sur la gestion des forêts doivent reposer sur des faits établis, des expertises indépendantes et des procédures transparentes. Les autorités publiques ont, elles aussi, la responsabilité de publier rapidement les données techniques, les études d’impact et les décisions administratives afin d’éviter que le vide informationnel ne soit comblé par des spéculations.
L’enjeu dépasse la seule forêt de Ngoyla : il touche à la capacité du Cameroun à concilier exploitation responsable de ses ressources, protection de la biodiversité, respect des droits des communautés et maîtrise de son récit sur la scène internationale.
Conclusion
L’affaire Djoko-Baka rappelle qu’en matière de gouvernance forestière, les procès d’intention ne peuvent remplacer les preuves. Les ONG, comme les pouvoirs publics et les entreprises, doivent être soumises à la même exigence de transparence et de responsabilité. La défense de l’environnement gagne en légitimité lorsqu’elle s’appuie sur des faits vérifiés ; elle en perd lorsqu’elle se transforme en affrontement idéologique ou en polémique insuffisamment étayée. C’est à cette condition que le débat public pourra contribuer efficacement à la préservation du patrimoine forestier camerounais.











