Alors que Yaoundé pensait avoir acté le tracé de la future ligne ferroviaire reliant le Cameroun au Tchad, N’Djamena tape du poing sur la table.
Derrière ce différend technique se cache une guerre d’intérêts économiques et géostratégiques majeurs entre les deux voisins.
C’est un arbitrage présidentiel qui fait dérailler la diplomatie régionale.
Début juin 2026, le président camerounais Paul Biya validait le tracé de la future ligne de train Ngaoundéré – N’Djamena.
Un mégaprojet d’intégration sous-régionale censé redessiner les flux commerciaux d’Afrique centrale.
Mais la réponse du Tchad ne s’est pas fait attendre : le 11 juin, par un communiqué cinglant, le gouvernement tchadien a opposé un démenti formel, affirmant que « la ligne n’a fait l’objet d’aucune validation définitive » et exigeant une concertation d’urgence.
Équilibre territorial entre les deux pays
Connexion des riches bassins agricoles du Sud du Tchad.
Pour Yaoundé, le choix du Tracé Ouest est purement stratégique.
Le Grand Nord camerounais (Garoua, Maroua, Kousseri) souffre d’un déficit chronique d’infrastructures de transport.
En faisant passer le train par ces grands pôles, le Cameroun entend revitaliser son propre territoire, quitte à imposer au projet un linéaire de près de 1 000 km et une facture salée de plus de 4 000 milliards de FCFA.
Utiliser ce projet régional comme un levier de désenclavement national et de sécurité pour ses provinces septentrionales reste la priorité du Cameroun.
Du côté de N’Djamena, le calcul est tout autre.
Le Tracé Ouest traverse le Tchad sur sa fine pointe nord-ouest, contournant l’essentiel des zones économiques du pays.
Le Tchad penche ostensiblement pour le Tracé Est.
Ses arguments sont puissants : d’une part, il traverse Moundou et le sud du pays, le véritable poumon agricole et cotonnier tchadien ; d’autre part, avec 150 km de moins, ce tracé permettrait d’économiser près de 1 500 milliards de FCFA par rapport à l’option camerounaise.
Pour les autorités tchadiennes, accepter le choix unilatéral de Yaoundé reviendrait à financer une infrastructure qui profite avant tout aux intérêts intérieurs du Cameroun, en laissant le Sud tchadien sur le quai.
La guerre des tracés est désormais ouverte
Ce blocage met en lumière les limites des projets dits « intégrateurs » en Afrique centrale, souvent rattrapés par les souverainismes économiques.
Le Cameroun veut son train du Nord ; le Tchad veut désenclaver son Sud agricole.
La guerre des tracés est désormais ouverte.
Faute d’un consensus technique, l’avenir de cette ligne de 4 000 milliards de FCFA est suspendu à une future concertation bilatérale.
L’arbitrage final devra se jouer au sommet, entre les chefs d’État des deux pays.
Reste à savoir qui, de Paul Biya ou de Mahamat Idriss Déby, acceptera de dévier de sa trajectoire.











