Longtemps présenté comme un simple produit de consommation populaire, l’alcool en sachet est devenu l’un des défis sanitaires et sociaux majeurs du Cameroun.
Accessible, bon marché et omniprésent dans les cérémonies comme dans les quartiers populaires, il alimente une dépendance croissante chez les jeunes.
À quelques mois de l’échéance fixée par les autorités pour son retrait du marché, la question demeure : le Cameroun saura-t-il protéger sa relève ?
Une jeunesse sous influence
À moins de 200 francs CFA le sachet, le whisky conditionné dans de petits emballages plastiques est devenu un produit de consommation courante pour de nombreux jeunes.
Son faible coût et sa disponibilité en font une porte d’entrée vers une consommation précoce et parfois excessive d’alcool.
Pourtant, les conséquences sanitaires sont loin d’être anodines.
Les médecins alertent depuis plusieurs années sur les risques liés à l’abus d’alcool : maladies hépatiques, troubles neurologiques, dépendance, mais aussi dysfonctionnements sexuels.
Contrairement à certaines croyances populaires, l’alcool ne renforce ni la virilité ni les performances sexuelles.
À forte dose et sur une longue période, il peut au contraire provoquer une baisse de la libido, des difficultés d’érection et une altération de la fertilité.
L’État face aux lobbies industriels
Conscient du danger, le gouvernement a engagé depuis plus d’une décennie un processus visant à retirer progressivement ces produits du marché.
Après plusieurs reports, un délai supplémentaire a été accordé aux industriels afin qu’ils migrent vers des conditionnements jugés plus sûrs, avec une échéance fixée à octobre 2026.
Mais sur le terrain, les sachets continuent d’inonder les marchés.
Dans plusieurs régions du pays, ils demeurent omniprésents lors des deuils, des cérémonies traditionnelles et des rassemblements festifs.
Cette situation nourrit les critiques de ceux qui accusent les pouvoirs publics de manquer de fermeté face aux intérêts économiques en jeu.
Un enjeu de souveraineté démographique
Au-delà de la santé publique, la question touche à l’avenir même du pays.
Dans un Cameroun où plus de la moitié de la population est jeune, la dégradation du capital humain constitue un risque majeur pour le développement économique et social.
L’interdiction annoncée de l’alcool en sachet représente ainsi bien plus qu’une mesure réglementaire.
Elle constitue un test de volonté politique.
Car derrière chaque sachet vendu se joue aussi une bataille pour la santé, la productivité et l’avenir de la jeunesse camerounaise.












