Le gouvernement camerounais a retiré aux communes et communautés urbaines la compétence de recouvrer les impôts, taxes et redevances locales.
Cette mission régalienne est désormais exclusivement confiée aux services de la Direction générale des impôts (DGI).
Derrière les justifications techniques d’optimisation budgétaire, cette décision structurelle redessine violemment les contours de la gouvernance locale et pose la question fondamentale de la sincérité du processus de décentralisation.
La réorganisation des circuits financiers locaux modifie radicalement le quotidien des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD).
Le périmètre d’action des municipalités se trouve redéfini par des règles strictes.
D’une part, le monopole du recouvrement est transféré à la DGI.
Les agents municipaux n’ont plus le droit de percevoir directement les recettes fiscales.
Qu’il s’agisse des impôts locaux traditionnels, des taxes de transfert ou des redevances diverses, la manipulation de l’argent public local est transférée à l’administration centrale.
Pour défendre cette réforme d’envergure, Yaoundé brandit des arguments purement économiques et managériaux.
Les arguments de la centralisation fiscale
L’objectif affiché est double : améliorer l’efficacité du recouvrement fiscal et optimiser les recettes publiques.
Dans le viseur des autorités centrales se trouvent les faiblesses chroniques de la gestion financière locale, notamment le manque de formation et de moyens techniques des agents municipaux, l’absence d’un fichier de contribuables unifié et numérisé au niveau local, ainsi que le phénomène d’évasion fiscale et le coulage des recettes dues à des collectes informelles.
En centralisant la collecte entre les mains de la DGI, l’État fait le pari de la modernisation.
La Direction générale des impôts dispose de plateformes numériques, de mécanismes de bancarisation et de procédures d’audit bien plus robustes que la majorité des municipalités camerounaises.
L’argument gouvernemental est simple : centraliser pour élargir l’assiette fiscale et, in fine, redistribuer davantage d’argent aux communes.
Une réforme qui inquiète les défenseurs de la décentralisation
Malgré les promesses d’efficacité économique, cette réorganisation suscite une vive inquiétude et de profonds questionnements au sein des milieux politiques, administratifs et de la société civile.
Pour de nombreux observateurs, le constat est sans appel : cette réforme s’apparente à un recul majeur du processus de décentralisation engagé depuis des décennies au Cameroun.
L’autonomie financière, pourtant inscrite dans les textes fondamentaux de la décentralisation, se trouve directement impactée.
En privant les magistrats municipaux de la maîtrise directe de leurs ressources, le pouvoir central réduit considérablement leur marge de manœuvre au quotidien.
Les risques de dépendance financière des communes
Plusieurs points de friction logiques émergent déjà :
Les communes vont dépendre des délais de rétrocession de la DGI et du Trésor public pour financer leurs projets de développement locaux comme les routes, l’éclairage public, les marchés ou les centres de santé.
Les retards de reversement, déjà fréquents par le passé, font craindre une paralysie des investissements de proximité.
De plus, un maire sans contrôle direct sur ses taxes perd une partie de son autorité face à ses administrés et face aux opérateurs économiques de sa localité, entraînant une perte de leviers politiques locaux.
En confiant les cordons de la bourse locale à une administration centrale, l’État camerounais choisit la voie du jacobinisme fiscal.
Reste à savoir si l’efficacité technique promise par la DGI parviendra à compenser la perte d’autonomie et la frustration politique des élus locaux.











