En déclarant récemment : « Si le peuple est prêt, je rentre », Issa Tchiroma Bakary, President national du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) et ancien candidat à la présidentielle, n’a pas seulement posé une condition ; il a acté son impuissance historique.
La réalité, brute et implacable, se dessine en filigrane derrière cette rhétorique usée : Issa Tchiroma ne retournera plus jamais au Cameroun aussi longtemps que Paul Biya sera au pouvoir.
Pour comprendre l’impasse dans laquelle se trouve l’ex-ministre, il faut dépouiller le discours politique de ses artifices et regarder les rapports de force là où ils se trouvent : dans la puissance militaire, l’influence diplomatique et la sociologie des masses.
Dire « quand le peuple sera prêt », c’est utiliser un sophisme politique bien connu pour masquer son propre renoncement.
Issa Tchiroma sait pertinemment, en observateur aguerri de la scène politique camerounaise, que ce peuple ne sera jamais « prêt » au sens où il l’entend.
Le peuple camerounais n’est pas une armée de réserve qui attend le signal d’un leader en exil pour descendre dans la rue.
Sous le régime de Yaoundé, la contestation populaire a été méthodiquement atomisée.
Entre la peur de la répression, la lutte quotidienne pour la survie économique et le verrouillage institutionnel, les masses populaires sont résignées ou pragmatiques.
En conditionnant son retour à un sursaut populaire spontané, Tchiroma s’abrite derrière une chimère.
C’est l’argument parfait de l’impuissance : rejeter la faute de son inaction sur l’inertie d’une population qu’il prétend vouloir défendre.
Ni force militaire, ni soutien diplomatique
Pour faire plier un régime aussi enraciné que celui de Paul Biya, deux leviers sont indispensables : le canon ou la chancellerie.
Issa Tchiroma ne possède ni l’un ni l’autre.
Le pouvoir à Yaoundé repose sur une architecture sécuritaire ultra-fidèle et hautement entraînée.
Face à cette machine de guerre, Issa Tchiroma ne dispose d’aucune force de frappe, d’aucun soutien dans les casernes, d’aucune logistique militaire.
On ne renverse pas un régime cinquantenaire avec des communiqués de presse ou des diatribes virtuelles.
Sans moyens militaires, toute posture de défi n’est qu’un coup d’épée dans l’eau.
Sur l’échiquier international, les grandes puissances privilégient la stabilité même autoritaire au chaos de l’inconnu.
Issa Tchiroma n’est pas perçu par les chancelleries occidentales ou africaines comme une alternative crédible ou un interlocuteur incontournable capable de contraindre Paul Biya à la négociation.
Sans parrain diplomatique de poids, ses appels restent lettre morte à l’étranger.
Le piège de sa propre rhétorique
Le tragique de la situation d’Issa Tchiroma réside dans ce paradoxe : il est prisonnier des mots qu’il utilise pour se donner de l’importance.
En feignant d’attendre le « feu vert » d’un peuple fictionnel, il tente de sauver la face devant l’histoire.
Mais la vérité politique est cruelle.
Paul Biya tient fermement les rênes de son régime, et chaque jour qui passe consolide l’exil de ceux qui ont cru pouvoir le défier sans en avoir les moyens.
Issa Tchiroma a sous-estimé la résilience du système de Yaoundé et surestimé sa propre capacité d’impact.
Aujourd’hui, les portes du Cameroun lui sont doublement fermées : fermées par le pouvoir en place qui n’a aucune raison de lui faire de concessions, et fermées par sa propre promesse intenable.
Tant que le sphinx de Mvomeka’a trônera au palais de l’Unité, le destin d’Issa Tchiroma s’écrira loin des rives du fleuve Wouri et des collines de Yaoundé.
L’histoire contemporaine du Cameroun retiendra cette leçon cruelle mais réaliste : en politique, la seule volonté de puissance est une illusion dérisoire lorsqu’elle est totalement dépourvue des moyens de sa politique.
Issa Tchiroma reste ainsi condamné à contempler, de loin, un pays qui continue de s’écrire sans lui.












