L’État camerounais semble déterminé à accélérer le recouvrement des avoirs issus des dossiers de corruption et de détournement de deniers publics.
À travers un communiqué officiel de la Société de Recouvrement des Créances du Cameroun (SRC), une importante vente aux enchères publiques est annoncée les 25, 26 et 27 juin 2026 à la Maison du Parti de Bonanjo, à Douala.
Cette opération vise la liquidation de biens saisis appartenant à plusieurs débiteurs de l’État, dans le cadre de l’exécution des décisions de justice et des procédures de recouvrement engagées depuis plusieurs années.
Polycarpe Abah Abah au cœur des spéculations
Au cœur des spéculations figure le nom de Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’Économie et des Finances, dont plusieurs biens saisis seraient concernés par cette opération.
Selon les informations rendues publiques, les enchères porteront notamment sur :
- des véhicules de luxe,
- des groupes électrogènes de forte capacité,
- du mobilier haut de gamme,
- des salons,
- salles à manger,
- ainsi que divers équipements électroménagers et matériels domestiques de valeur.
Des biens qui témoignent du train de vie de leurs anciens propriétaires et qui seront désormais proposés au plus offrant.
Le parcours d’un ancien haut commis de l’État
Le parcours de Polycarpe Abah Abah reste l’un des plus marquants de l’administration camerounaise contemporaine.
Ancien cadre des Impôts, expert fiscal et artisan de plusieurs réformes majeures, il a occupé des fonctions stratégiques à la Présidence de la République, à la Primature et au ministère des Finances.
Entre 1998 et 2004, alors qu’il dirige la Direction générale des Impôts, les recettes fiscales du Cameroun connaissent une progression spectaculaire, passant d’environ 250 à 750 milliards de francs CFA.
Nommé ministre de l’Économie et des Finances en décembre 2004, il participe à la conduite des réformes économiques ayant permis au Cameroun d’atteindre, en 2006, le point d’achèvement de l’Initiative PPTE, ouvrant la voie à un allègement substantiel de la dette extérieure du pays.
Mais en 2008, sa trajectoire bascule avec son arrestation dans le cadre de l’opération Épervier.

Une nouvelle phase dans le recouvrement des avoirs
Poursuivi dans plusieurs affaires de détournement de fonds publics et de corruption, il fait face à une longue série de procédures judiciaires.
Malgré certains acquittements dans des dossiers très médiatisés, plusieurs condamnations prononcées par le Tribunal criminel spécial viendront alourdir son passif judiciaire au fil des années.
Aujourd’hui, l’État camerounais semble engagé dans une nouvelle phase de son combat contre les détournements de deniers publics.
Avec la mise aux enchères des biens saisis, les autorités entendent matérialiser le recouvrement des sommes dues au Trésor public et donner une portée concrète aux décisions de justice rendues au fil des années.
Au-delà du cas Polycarpe Abah Abah, cette opération est perçue comme un signal fort adressé aux gestionnaires publics :
les sanctions ne se limitent plus aux condamnations judiciaires, mais s’étendent désormais à la saisie et à la liquidation effective des patrimoines concernés, dans le but affiché de restaurer les ressources de l’État.











