La chefferie traditionnelle des Bonambela ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Sa Majesté Dr Louis Din Dika Akwa IV, connu sous le nom mystique de « KINGA », a été intronisé ce samedi 10 octobre 2026 à Douala. Âgé de 42 ans, il succède à son père, Charles David Din Akwa, décédé le 8 décembre 2020. Mais derrière cette succession se dessine une crise de légitimité coutumière qui a agité le canton Akwa durant les semaines précédant le sacre. Au cœur des tensions : la reconnaissance du successeur, la place des autorités traditionnelles dans le processus de désignation et le contrôle du sanctuaire ancestral de Mbanya, considéré par les défenseurs de la tradition comme un lieu incontournable des rites royaux. La cérémonie intervient ainsi dans un contexte où la continuité dynastique revendiquée par le nouveau souverain se heurte aux contestations d’une partie des notables et des acteurs coutumiers.
Le 25 septembre 2026, nos informations faisaient état d’un désaccord entre le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, et le préfet du Wouri, Sylyac-Marie Mvogo, concernant la tenue des rites à Mbanya. Le différend s’inscrivait dans un contentieux administratif lié à la création, en 2020, d’une chefferie de troisième degré sur le site. Selon ces informations, le Tribunal administratif du Littoral avait annulé l’acte de création en mai 2026, une décision frappée d’appel. Le 30 septembre, la prise de possession du sanctuaire par Louis Din Dika Akwa et les représentants du canton s’est déroulée sous tension : des jeunes ont tenté de bloquer l’accès, des interpellations ont été rapportées et une barrière métallique portant la mention « accès interdit » a dû être retirée. D’autres médias ont également signalé l’usage de gaz lacrymogènes lors des incidents survenus ce jour-là. Ces événements ont illustré la dimension à la fois coutumière, foncière et administrative d’une crise qui dépassait largement le cadre protocolaire d’une intronisation.
Cette crise renvoie à une question fondamentale de l’histoire politique des chefferies camerounaises : l’articulation entre reconnaissance administrative et légitimité traditionnelle. Le décret n° 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles constitue l’un des textes de référence en la matière. Dans le canton Akwa, les partisans de Louis Din Dika Akwa s’appuient sur le processus administratif ayant conduit à sa reconnaissance comme chef supérieur, tandis que ses contestataires mettent en cause les conditions coutumières de sa désignation et la légitimité du sacre à Mbanya. Ces positions opposées doivent être distinguées des faits judiciaires et administratifs établis : une contestation ne suffit pas, à elle seule, à invalider une désignation, pas plus qu’une reconnaissance administrative ne règle nécessairement tous les différends relatifs aux rites ancestraux. Historiquement, les chefferies douala ont traversé les bouleversements du XIXe siècle, la colonisation allemande à partir de 1884 et les résistances incarnées notamment par Rudolf Douala Manga Bell, exécuté le 8 août 1914. Aujourd’hui, l’enjeu pour la royauté Bonambela est de préserver son patrimoine, de restaurer la cohésion communautaire et de garantir la transmission des traditions dans un climat apaisé. À 42 ans, le nouveau roi hérite donc d’un trône dont la consolidation exigera autant de dialogue avec les différentes composantes de la communauté que de fidélité aux usages ancestraux.











