C’est un coup de massue pour l’économie camerounaise, révélant une impréparation dramatique au sommet de l’État et une défaillance stratégique majeure de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH).

En ce mois de juillet 2026, l’armateur norvégien Golar LNG retire officiellement son navire-usine, le Hilli Episeyo, des eaux camerounaises après huit ans d’exploitation au large de Kribi.
Le Cameroun se retrouve ainsi sans aucune installation de liquéfaction du gaz naturel. Ce départ, auquel la SNH n’a pas su ou voulu répondre, annonce une perte majeure pour les finances publiques et met en évidence une gouvernance marquée par le pilotage à vue.
Le Hilli Episeyo était l’unique maillon de la chaîne gazière exportatrice nationale. Cette usine flottante assurait l’extraction, la purification, la liquéfaction du gaz à moins 163 degrés Celsius, puis son chargement sur les méthaniers à destination des marchés internationaux.
Aucune autre infrastructure ne peut aujourd’hui assurer cette transformation.
Sans liquéfaction, le gaz camerounais reste inexploitable pour l’exportation.
Le retrait de Golar LNG résulte d’un choix stratégique privilégiant des marchés plus attractifs en Amérique latine. Avec son navire, l’entreprise emporte également son personnel hautement qualifié et une expertise technologique que le Cameroun n’a jamais cherché à développer.
Le Cameroun est ainsi ramené à une dépendance technologique totale, sans aucune solution de remplacement.
La production, l’exportation et la commercialisation du GNL s’arrêtent immédiatement.
Les conséquences budgétaires sont considérables. Ces dernières années, le gaz représentait près de la moitié des revenus de la SNH et rapportait entre 250 et 300 milliards de francs CFA par an à l’État.
Cette ressource disparaît brutalement, au moment où le pays fait déjà face à de fortes tensions financières, à un endettement préoccupant et à des difficultés de mobilisation des recettes fiscales.
Plus grave encore, la Loi de finances 2026 reposait sur ces recettes pour financer les infrastructures, le fonctionnement de l’État et le service de la dette.
Le gouvernement fait désormais face à un important déficit budgétaire qui devra être compensé par des mesures d’austérité ou un nouvel endettement.
Cette crise ne se limitera pas à 2026, la reconstruction d’une filière de liquéfaction nécessitant plusieurs années.
Ce fiasco soulève la responsabilité de la direction de la SNH, qui n’a pas préparé l’après-Golar LNG alors que l’échéance des accords était connue depuis longtemps.
Ni usine de liquéfaction terrestre à Kribi, ni nouvelle unité flottante n’ont été anticipées, malgré des projets exigeant plusieurs années de préparation.
En privilégiant les revenus immédiats du Hilli Episeyo sans investir dans des infrastructures durables, le transfert de technologie ou la montée en compétence nationale, la SNH a failli à sa mission de sécurisation énergétique.
Elle laisse aujourd’hui le Cameroun privé d’une importante source de devises et de son statut de pays exportateur de gaz.











