Le mirage de l’indépendance gazière camerounaise s’effrite, exposant les failles d’anticipation de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH).
Selon le rapport financier du premier trimestre 2026 publié le 19 mai 2026 par Golar LNG, le groupe basé aux Bermudes a scellé le sort du projet Cameroon FLNG en enclenchant le retrait irréversible de son navire-usine, le Hilli Episeyo, positionné au large de Kribi.
Ce départ brutal, programmé pour juillet 2026, met à nu l’incapacité de la SNH à pérenniser une infrastructure importante, la laissant face à un vide industriel et financier immédiat après seulement huit petites années d’activité.
Les faits révélés par Golar LNG démontrent que le partenaire étranger n’a pas attendu le Cameroun pour sécuriser ses propres intérêts, abandonnant la SNH à son sort.
Dès juillet 2026, le navire-usine sera déconnecté de son système d’amarrage.
Les opérations logistiques sont déjà si avancées que la SNH se retrouve spectatrice du déménagement : les remorqueurs sont contractés, l’ingénierie est bouclée et l’équipe de supervision est déjà sur place pour orchestrer le départ du navire vers Singapour, puis vers l’Argentine.
Golar n’hésite pas à investir 350 millions de dollars, dont 50 millions déjà dépensés au 31 mars 2026, pour fuir les eaux camerounaises vers des cieux plus lucratifs, confirmant le manque d’attractivité ou d’agilité contractuelle de la partie camerounaise.
Ce dénouement sonne comme un aveu d’échec pour la SNH, qui s’était reposée sur une solution de facilité technique.
En s’associant à Perenco et en louant les services du navire de Golar LNG pour exploiter le champ Sanaga Sud, la SNH s’enorgueillissait d’avoir intégré le club des exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) à moindre coût, évitant de bâtir une usine terrestre.
Mais cette stratégie court-termiste se retourne aujourd’hui contre elle : le processus technologique qui consistait à épurer le gaz et à le refroidir à -162 °C pour l’exportation s’arrête net.
En ne développant aucune compétence interne ni infrastructure nationale propre pendant huit ans, la SNH a placé la souveraineté énergétique et financière du pays entre les mains d’un armateur privé qui plie bagage au premier signal opportuniste.
Le réveil s’annonce douloureux pour l’entreprise publique camerounaise.
Alors que le Hilli Episeyo s’apprête à enrichir l’Argentine, la SNH se retrouve prisonnière de son manque de prévoyance, incapable d’aligner une stratégie de rechange crédible pour maintenir ses volumes d’exportation.
Ce départ forcé menace directement d’assécher une partie des recettes gazières de l’État, illustrant la passivité d’une gestion qui n’a pas su anticiper la fin d’un bail industriel pourtant prévisible.
Sans nouveau partenaire technique d’envergure prêt à intervenir d’ici juillet, la SNH laisse le Cameroun au pied du mur, suspendu à une hypothétique et tardive réaction de secours












