Le Président Paul Biya, clé de voûte du système politique camerounais depuis plus de quatre décennies, a officiellement promulgué la loi portant modification de la Constitution. Au cœur de cette réforme : la création du poste de Vice-Président de la République.
Plus qu’un simple ajustement administratif, cette décision marque un tournant historique pour le triangle national et redessine les contours du pouvoir à Yaoundé. Jusqu’ici, la vacance du pouvoir était régie par le Président du Sénat, chargé d’assurer l’intérim sans pouvoir se présenter à l’élection suivante.
Avec l’arrivée d’un Vice-Président, nommé par le Chef de l’État, le curseur change de camp. Contrairement à certains modèles où le ticket est élu, ici, le Vice-Président est à la discrétion du Chef de l’État. Il devient le bras droit officiel, capable d’assumer des fonctions déléguées et, surtout, de garantir la continuité de l’État en cas d’empêchement du titulaire.
Dans les salons feutrés de Yaoundé comme dans les rues de Douala, une question brûle toutes les lèvres : Quel est l’objectif réel ? À 93 ans, Paul Biya semble vouloir verrouiller la stabilité du pays. En créant ce poste, il évite le saut dans l’inconnu que représenterait une élection anticipée dans un climat de tension. C’est une assurance contre le chaos.
Pour de nombreux analystes, le Vice-Président est le dauphin désigné. Ce poste permet de tester la stature d’un successeur potentiel, de le familiariser avec les dossiers de haute sécurité et de l’imposer, de fait, à l’appareil du parti (RDPC) et à l’opinion internationale.
Le nom de celui qui occupera ce siège sera le signal politique le plus important de la décennie. Plusieurs équilibres devront être respectés, notamment l’équilibre régional, car le Cameroun repose sur une mosaïque ethnique complexe, et l’équilibre générationnel pour un pays dont la population est majoritairement jeune.
Le génie politique de Paul Biya réside dans sa capacité à faire évoluer les institutions sans jamais brusquer le système, tout en gardant un coup d’avance sur ses détracteurs. Cependant, pour l’opposition, cette réforme est perçue comme un passage de témoin de gré à gré.
Ils dénoncent une modification constitutionnelle qui éloigne encore un peu plus le peuple du choix direct de son dirigeant suprême. Le débat sur la légitimité d’un successeur nommé plutôt qu’élu continue d’enflammer les prochaines joutes politiques.
Le Cameroun entre dans une phase de transition institutionnelle inédite. En instaurant la Vice-Présidence, Paul Biya ne se contente pas de modifier un texte ; il prépare l’après.
Le pays retient son souffle. Qui sera l’élu ? Quelle sera sa marge de manœuvre ?
Une chose est sûre : le visage du pouvoir camerounais vient de changer à jamais, et le jeu des chaises musicales ne fait que commencer.












