L’affaire opposant le Conseil national de la communication (CNC) à Vision 4 prend une nouvelle dimension avec les révélations publiées ce 7 octobre 2026 par Jeune Afrique. Dans une enquête consacrée aux « coulisses de la levée de suspension de Vision 4 par René Emmanuel Sadi », le magazine panafricain revient sur les différentes interventions qui auraient accompagné le passage de la suspension de la chaîne à son rétablissement sur le bouquet Canal+. Au cœur du récit : Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la présidence de la République, et Joseph Dion Ngute, Premier ministre.
Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, la première séquence intervient après l’ordonnance du Tribunal administratif du Centre du 1er octobre 2026 accordant un sursis à l’exécution de certaines sanctions du CNC. Le régulateur avait auparavant sanctionné Vision 4 et plusieurs responsables du Groupe L’Anecdote.
Le 29 septembre, lors de sa 48e session extraordinaire, le CNC avait notamment suspendu Vision 4 pour un mois, porté à six mois la suspension du journaliste Thaddée Martial Owona et suspendu Boni Philippe Meyene, directeur général des médias du Groupe L’Anecdote, pour un mois. C’est dans ce contexte judiciaire et institutionnel que Jeune Afrique situe l’intervention de Samuel Mvondo Ayolo.
D’après l’enquête rapportée par plusieurs médias camerounais, Jean-Pierre Amougou Belinga, alors détenu à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui, aurait sollicité une intervention « en haut lieu » après le pourvoi engagé par le CNC contre la décision judiciaire favorable à Vision 4. Le magazine affirme qu’au cours d’un échange avec Mvondo Ayolo, considéré comme proche d’Amougou Belinga, le représentant de Vision 4 aurait notamment défendu l’idée que la chaîne permettait de traiter l’actualité à partir d’une perspective beti, dans un paysage médiatique qu’il estimait dominé par les Bamilékés.
Selon le récit de Jeune Afrique, c’est à la suite de cet échange que Samuel Mvondo Ayolo aurait demandé à René Emmanuel Sadi de se saisir du dossier afin de favoriser la levée de la suspension.
L’AUTRE SÉQUENCE AVEC JOSEPH DION NGUTE
L’autre séquence concerne Joseph Dion Ngute. Jeune Afrique rapporte que le Premier ministre aurait reçu le CNC en audience quelques heures avant une correspondance adressée, le 2 octobre, aux responsables de Vision 4 afin de leur rappeler l’obligation de respecter les sanctions visant notamment Thaddée Martial Owona, Boni Philippe Meyene et Jean-Claude Fouda Abega.
« Selon nos informations », écrit Jeune Afrique, cette décision aurait ainsi fait suite à l’intervention du chef du gouvernement.
Dans le même temps, René Emmanuel Sadi adressait à Canal+ Cameroun une correspondance demandant le rétablissement de Vision 4 sur ses canaux habituels, avant que le signal ne soit effectivement rétabli le 5 octobre.
Le dossier a alors exposé au grand jour une divergence entre deux centres institutionnels : d’un côté, le CNC, qui revendique son statut d’autorité administrative indépendante et maintient la portée de ses décisions ; de l’autre, le ministère de la Communication, qui intervient auprès de Canal+ pour obtenir la reprise du signal.
Le 6 octobre, le président du CNC, Joseph Chebonkeng Kalabubsu, écrivait encore à Canal+ International pour demander le retrait du signal de Vision 4, avant que le régulateur ne fasse finalement évoluer sa position quelques heures plus tard.
L’affaire Vision 4 n’est donc plus seulement un contentieux entre un média sanctionné et son régulateur : elle révèle, à travers les informations publiées par Jeune Afrique, l’existence d’interventions au plus haut niveau de l’appareil d’État et pose, en filigrane, la question de la frontière entre décision réglementaire, arbitrage gouvernemental et intervention de la présidence de la République.











