En publiant directement sur sa page Facebook officielle le récépissé de déclaration de réunion publique pour la convention extraordinaire du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), le ministère de l’Administration territoriale (MINAT) a posé un acte inédit qui rompt avec les usages institutionnels et suscite une légitime suspicion.
Sur le plan strictement juridique et hiérarchique, un tel acte relève de la compétence exclusive de la sous-préfecture de Yaoundé IV. Les autorités territoriales de base délivrent quotidiennement des dizaines de récépissés de ce type sans que le cabinet du ministre ne sente le besoin de les mettre en scène sur la place publique.
Pourquoi donc le MINAT éprouve-t-il soudainement l’urgence de transformer un acte d’administration courante en un événement de communication nationale ?
La première lecture la plus naïve voudrait qu’il s’agisse d’une opération de séduction ou d’un gage de transparence démocratique. Accusé de manière récurrente par l’opposition et les organisations internationales d’étouffer l’espace civique et d’interdire systématiquement les rassemblements de l’opposition, le pouvoir central cherche sans doute à redorer son blason.
En publiant ce document assorti de ses sceaux officiels, le ministère entend crier au monde qu’au Cameroun, l’opposition peut se réunir librement.
C’est une tentative de désarmer la critique par avance. En exposant la tolérance accordée à la convention du 17 octobre prochain au siège du parti à Odza, le gouvernement tente de fabriquer une preuve de sa bonne foi constitutionnelle.
Mais cette magnanimité de façade est bien trop voyante pour ne pas dissimuler des intentions plus sombres.
En s’accaparant la communication autour de ce récépissé, le MINAT procède à un recadrage symbolique puissant : il signifie au MRC et à l’opinion publique que cette convention ne se tient pas grâce au simple respect de la loi de 1990, mais par la seule volonté suprême du pouvoir central.
Plus inquiétant encore, cette surmédiatisation s’apparente à un piège méthodiquement tendu.
Le récépissé prend soin d’insister sur la responsabilité pénale et civile des organisateurs en cas de trouble à l’ordre public et proscrit tout changement d’objet, de lieu ou d’horaire.
En mettant ce document sous les projecteurs de sa propre page institutionnelle, le ministère prend d’abord l’opinion à témoin : si la moindre étincelle survient le 17 octobre, il s’empressera de rappeler qu’il avait accordé le récépissé et de rejeter l’entière faute sur les dirigeants du MRC.
Ensuite, il prépare le terrain à la répression, cette visibilité donnant au MINAT un prétexte pour justifier un déploiement sécuritaire étouffant autour du siège d’Odza, voire pour annuler l’autorisation à la dernière minute sous prétexte de menaces à l’ordre public.
Au-delà de la stratégie purement tactique, ce choix de communication trahit une forme de fébrilité.
Si le MRC était un parti insignifiant, son récépissé de sous-préfecture dormirait dans les archives de Yaoundé IV.
Qu’un ministère de souveraineté se sente obligé d’en faire une publication officielle démontre à quel point les moindres faits et gestes de cette formation politique sont scrutés au plus haut sommet de l’État.
Entre tentative de ripolinage d’image à l’international et préparation psychologique d’un serrage de vis, le MINAT joue sur deux tableaux.
Le MRC aurait tort de célébrer cette publication comme une victoire administrative : en matière de politique camerounaise, quand la tutelle braque subitement ses projecteurs sur vous, c’est rarement pour vous éclairer le chemin, mais bien souvent pour mieux cibler l’objectif.











