Le paysage institutionnel du Cameroun s’assombrit avec la disparition, ce lundi 4 mai 2026, d’Alexis Dipanda Mouelle. Ancien Premier Président de la Cour Suprême, il s’est éteint à l’âge de 84 ans à Douala, emportant avec lui une part monumentale de la mémoire judiciaire du pays.
Son décès intervient dans une atmosphère de profonde mélancolie, survenant à peine trois mois après celui de sa compagne de vie, marquant la fin d’un destin lié tant sur le plan personnel que public.
Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki, dans l’arrondissement de Dibombari, Alexis Dipanda Mouelle était le pur produit d’une ascension méritocratique. Originaire du département du Moungo, il a su gravir les échelons d’une magistrature complexe pour atteindre le sommet de la pyramide légale.
UNE LONGÉVITÉ EXCEPTIONNELLE AU SOMMET DE L’ÉTAT
Nommé à la tête de la plus haute juridiction en 1990, il y est resté jusqu’en 2014, une longévité exceptionnelle de 24 ans (souvent citée comme 28 ans selon l’intégration de ses fonctions de procureur général) qui fait de lui l’un des serviteurs de l’État les plus pérennes de l’ère Biya.
UN RÔLE DÉCISIF DANS L’HISTOIRE POLITIQUE
L’histoire retiendra surtout de lui son rôle de pivot lors de l’élection présidentielle d’octobre 1992.
Dans un Cameroun en pleine ébullition, secoué par les revendications démocratiques et les opérations « Villes Mortes », la Cour Suprême se trouvait investie des pouvoirs du Conseil Constitutionnel.
C’est sous son autorité que furent proclamés les résultats donnant la victoire au président sortant avec 39,98 % des suffrages, devant John Fru Ndi crédité de 35,9 %.
Ce moment de bascule, où il admit l’existence d’irrégularités tout en confirmant la validité du scrutin pour préserver la paix sociale, a durablement défini sa stature d’homme d’État capable d’arbitrer les crises les plus aiguës.
UNE INFLUENCE INTERNATIONALE
Son influence ne s’est pourtant pas limitée au prétoire national.
Magistrat hors hiérarchie, Alexis Dipanda Mouelle a porté la voix du Cameroun sur la scène internationale.
- Son élection au poste de Vice-président du Comité des Nations Unies contre la torture
- Sa maîtrise des enjeux de droits humains
- Le respect de ses pairs à Genève
Cette reconnaissance globale offrait un contraste avec les critiques internes, illustrant la complexité d’un homme à la fois gardien de la loi nationale et expert des standards internationaux.
UN HÉRITAGE JURIDIQUE MAJEUR
En quittant la scène ce 4 mai 2026, l’homme de Dibombari laisse un héritage jurisprudentiel colossal.
- Il a structuré la Cour Suprême
- Dirigé des générations de magistrats
- Stabilisé l’édifice juridique camerounais pendant près d’un quart de siècle
Sa disparition ferme définitivement le chapitre des pionniers de la justice post-indépendance, laissant derrière lui le souvenir d’un magistrat dont le nom restera à jamais synonyme de la transition politique camerounaise des années 1990.










