À l’occasion de la 140e édition de la Fête internationale du Travail, le directeur général de la CRTV, Charles Ndongo, a livré à Yaoundé un discours à la fois lucide et mobilisateur. Entre hommage aux disparus, critique de l’ère de la “post-vérité” et appel à la modernisation, le patron de l’audiovisuel public trace les contours d’une réforme interne devenue urgente.
Une maison éprouvée, mais debout
Dans un ton empreint d’émotion, Charles Ndongo a d’abord rendu hommage aux personnels disparus au cours des douze derniers mois, rappelant la fragilité d’une institution qui repose avant tout sur ses ressources humaines. Cette séquence mémorielle, rare dans ce type d’exercice, a donné le ton d’un discours marqué par une forte dimension introspective.
Au-delà de l’hommage, le directeur général a salué l’engagement des équipes, qualifiées de « force stabilisatrice et propulsive ». Malgré un environnement professionnel sous tension, il a insisté sur la résilience des travailleurs de la CRTV, capables d’assurer une continuité de service dans un contexte technique vieillissant et une pression médiatique accrue.
Le défi de la crédibilité à l’ère des réseaux sociaux
Au cœur de son intervention, Charles Ndongo a posé une question centrale : les médias remplissent-ils encore pleinement leur mission d’information ? En filigrane, c’est la montée en puissance des réseaux sociaux qui inquiète. Le patron de la CRTV dénonce une époque dominée par la « post-vérité », où opinions et approximations tendent à supplanter les faits vérifiés.
Prenant l’exemple de l’incident du signal survenu au Palais de l’Unité en avril 2026, il regrette l’absence de traitement journalistique rigoureux et équilibré. Pour lui, cet épisode illustre les dérives d’un espace médiatique où la vitesse prime sur la vérification, au détriment de la crédibilité.
Face à cette mutation, il appelle la CRTV à jouer pleinement son rôle de service public : offrir une information fiable, structurée et contextualisée, capable de servir de repère dans un environnement informationnel saturé.
Vers un nouveau contrat de confiance avec les citoyens
Au-delà des impératifs techniques et organisationnels, c’est bien la question du lien de confiance entre les médias et les citoyens qui se pose avec acuité. Dans un contexte marqué par la défiance croissante envers les institutions, la CRTV, à l’instar d’autres médias publics africains, est appelée à redéfinir sa relation avec son audience. Cette exigence passe par une transparence accrue dans le traitement de l’information, une ouverture à la pluralité des opinions et une capacité à reconnaître ses erreurs lorsque celles-ci surviennent. Il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de convaincre par la rigueur, la constance et l’intégrité. Ce nouveau contrat suppose également une écoute active des attentes du public, notamment des jeunes générations, dont les usages médiatiques évoluent rapidement. À ce prix seulement, le service public pourra restaurer sa légitimité et redevenir une référence crédible dans l’espace informationnel national.
Modernisation et discipline : les piliers de la relance
Mais au-delà du diagnostic, le discours se veut résolument tourné vers l’action. Charles Ndongo reconnaît sans détour les limites actuelles de l’outil de production, évoquant un plateau technique « en fin de potentiel ». Il appelle ainsi à une modernisation urgente, combinée à un renforcement des compétences internes et à une transformation numérique accélérée.
L’accent est également mis sur la discipline professionnelle et la culture de l’excellence. « L’excellence n’est pas un trophée, mais une quête permanente », a-t-il martelé, invitant les équipes à se dépasser continuellement.
Enfin, à l’approche de la fête nationale du 20 mai, le directeur général exhorte à une mobilisation totale, fondée sur la rigueur, l’anticipation et la cohésion. Un appel qui résonne comme une feuille de route : restaurer la crédibilité, moderniser l’outil et réaffirmer le rôle stratégique de la CRTV dans la consolidation de l’unité nationale.
En creux, c’est toute la question de la réforme de l’audiovisuel public camerounais qui est posée — avec, en toile de fond, l’exigence d’un nouveau pacte de confiance entre médias et citoyens.












