Des ratios encore sous les seuils critiques
Les indicateurs clés restent globalement en-dessous des seuils d’alerte pour les pays à capacité d’endettement moyenne. La dette publique totale avoisine 44 % du PIB, tandis que la dette extérieure publique se situe autour de 25 % du PIB.
Ces niveaux demeurent inférieurs aux seuils DSF (environ 40 % du PIB pour la dette extérieure). En apparence, la trajectoire est donc compatible avec la stabilité macroéconomique et les engagements régionaux de la CEMAC.
Toutefois, le FMI insiste davantage sur les flux que sur les stocks : ce n’est pas tant le volume total que la capacité annuelle de remboursement qui détermine le risque.
Une charge de la dette en hausse rapide
Le service de la dette — remboursement du principal et paiement des intérêts — absorbe une part croissante des recettes publiques. Dans certaines années récentes, il a dépassé 30 % des recettes budgétaires, un niveau élevé pour un pays émergent à besoins sociaux importants.
Cette pression réduit l’espace budgétaire disponible pour l’investissement public, la santé, l’éducation ou les subventions énergétiques.
Vulnérabilité aux chocs extérieurs
L’analyse DSF met en évidence la forte sensibilité du Cameroun à plusieurs risques :
volatilité des prix du pétrole et des matières premières
ralentissement de la croissance mondiale
hausse des taux d’intérêt internationaux
dépréciation des devises fortes
chocs sécuritaires internes
Une baisse durable des exportations ou des recettes fiscales pourrait rapidement faire franchir les seuils de viabilité.
Des risques budgétaires internes sous-estimés
Au-delà de la dette explicite, le FMI souligne l’existence d’engagements contingents : entreprises publiques fragiles, garanties de l’État, arriérés intérieurs ou projets en partenariat public-privé.
Ces passifs potentiels peuvent se transformer en dette publique en cas de défaillance, aggravant brusquement la situation budgétaire.
La performance financière des sociétés publiques d’infrastructures — énergie, eau, transport — constitue à cet égard un facteur déterminant.
Une soutenabilité conditionnée aux réformes
Dans le scénario central du FMI, la dette du Cameroun reste soutenable si plusieurs conditions sont respectées :
consolidation budgétaire progressive
amélioration de la mobilisation fiscale non pétrolière
priorisation des investissements à forte rentabilité
gestion prudente des emprunts non concessionnels
réformes des entreprises publiques
À défaut, la trajectoire pourrait basculer vers un risque élevé de surendettement à moyen terme.
Conclusion
Selon l’approche FMI, le Cameroun ne fait pas face à une crise de dette imminente, mais se situe dans une zone de vigilance. La soutenabilité dépend moins du niveau actuel d’endettement que de la capacité du pays à générer durablement des recettes, à contenir ses déficits et à transformer ses investissements en croissance effective.












