Présentée comme une révolution énergétique africaine, la raffinerie Dangote alimente désormais tous les fantasmes de baisse des prix en Afrique centrale. Pourtant, entre le prix sortie d’usine au Nigeria et le litre réellement disponible à Douala, la route est longue, coûteuse et hautement politique.
Le choc Dangote, une promesse continentale
Avec sa capacité industrielle et ses ambitions régionales, la raffinerie Dangote s’est imposée comme un acteur capable de rebattre les cartes de l’approvisionnement pétrolier en Afrique de l’Ouest et centrale.
Pour le Cameroun, dépendant des importations de produits raffinés, l’idée est séduisante : acheter plus près, plus vite et potentiellement moins cher.
Sur la base des prix observés à la sortie d’usine, le super pourrait revenir à environ 520 FCFA le litre, contre près de 584 FCFA pour le gazole. À première vue, l’équation semble favorable.
Du Nigeria à Douala, l’avantage s’effrite
Mais la compétitivité industrielle ne survit jamais intacte au terrain. Fret maritime côtier, assurance, pertes techniques, frais de port, stockage, coûts financiers : chaque étape ajoute sa couche au prix final.
Au bout de la chaîne, le super rendu dépôt Douala gravite autour de 590 FCFA le litre, tandis que le gazole tutoie déjà 650 FCFA.
Autrement dit, Dangote ne livre pas un miracle ; il propose une base compétitive que la logistique régionale se charge aussitôt d’alourdir.
La vraie bataille se joue à Yaoundé
Le verrou décisif n’est donc pas à Lekki, mais au Cameroun. Car le prix du carburant y reste un objet hautement administré, structuré par la fiscalité, les marges, les charges de stockage et les arbitrages publics.
Dès lors, la vraie question n’est plus de savoir si Dangote peut vendre moins cher, mais si le système camerounais est capable de convertir cet avantage en soulagement concret pour l’automobiliste.
En clair, le carburant bon marché ne dépend pas seulement d’une raffinerie moderne, mais d’une politique énergétique cohérente.












