L’histoire administrative du Cameroun vient de tourner l’une de ses pages les plus denses et sans doute l’une des plus lourdes de sens. Ce samedi 11 avril 2026, le rideau est tombé au Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé. Marcel Niat Njifenji s’est éteint après des jours de lutte contre la maladie, laissant derrière lui une très longue carrière dans l’administration Camerounaise : achevée avec la toute première présidence du Sénat camerounais qu’il a occupée durant treize années consécutives.
Avant d’être l’homme de l’ombre du pouvoir législatif, il fut l’homme de la technique. Ingénieur des Ponts et Chaussées formé en France, il intègre l’administration dans les années 1960 avec la rigueur des bâtisseurs de l’après-indépendance.
Ses états de service sont marqués par une longévité exceptionnelle à la tête de la Société Nationale d’Électricité. Durant des décennies, il a orchestré l’électrification du pays, gravissant les échelons jusqu’à devenir une figure incontournable du sérail. Son passage au gouvernement comme Ministre d’État chargé des Mines, de l’Eau et de l’Énergie dans les années 90 viendra confirmer son statut de pilier du régime.
Le tournant historique de sa carrière survient en 2013. Alors que le Cameroun met enfin en place son Sénat, c’est vers lui que le choix du sommet de l’État se porte. Le 12 juin 2013, il est élu premier Président de la chambre haute, devenant ainsi le deuxième personnage de l’État et le successeur constitutionnel en cas de vacance à la présidence de la République.
Réélu systématiquement à chaque session de plein droit, il a dirigé cette institution sans interruption jusqu’en 2026 avant d’être remplacé par Aboubakary Abdoulaye.
Les dernières années de Marcel Niat Njifenji ont été un combat permanent contre la maladie. Malgré une santé de plus en plus fragile, l’homme est resté au front, symbole d’une fidélité absolue aux institutions. Ces derniers mois, les absences répétées pour des soins intensifs avaient alimenté de nombreuses inquiétudes. Pourtant, à chaque fois, le patriarche de Bangangté revenait s’asseoir avec détermination au perchoir pour assurer la continuité de l’État.
La dégradation s’est accélérée au début du mois d’avril 2026. Admis au CHU de Yaoundé dans un état jugé critique par le corps médical, il a finalement rendu l’âme ce matin.
La tristesse de ce décès réside dans la fin d’une époque. Il meurt à son poste, illustrant cette génération de dirigeants dont le parcours se confond intégralement avec l’histoire de la nation. Il laisse derrière lui un Sénat qu’il a structuré.
Marcel Niat Njifenji à 91 ans rejoint aujourd’hui la terre de ses ancêtres, emportant avec lui les secrets d’un demi-siècle de gestion administrative au cœur du pouvoir camerounais.












