À Ngomedzap et Akono, la mise en terre de vitroplants par 40 jeunes incubés sous l’égide du ministre de l’Agriculture marque le lancement concret d’un programme censé conjuguer sécurité alimentaire, emploi rural et modernisation agricole. Au-delà du symbole, l’initiative sera jugée sur sa viabilité économique.
Une agriculture sous perfusion publique
À la mi-avril, le ministre Gabriel Mbaïrobe doit planter les premiers bananiers plantain issus de culture in vitro dans les localités de Ngomedzap et Akono. L’opération concerne 40 jeunes entrepreneurs formés dans le cadre d’un programme présidentiel d’auto-emploi. Sur le papier, le projet coche toutes les cases : encadrement technique, accès aux plants améliorés, structuration en cluster et promesse de financement.
Mais cette forte implication de l’État interroge sur la capacité des exploitations à survivre sans soutien durable. L’histoire agricole camerounaise est jalonnée de projets pilotes prometteurs restés sans lendemain faute d’accompagnement dans la commercialisation et la logistique.
Le plantain, culture stratégique mais exigeante
Denrée de base au Cameroun, le plantain bénéficie d’une demande intérieure robuste et peu sensible aux crises. Le recours aux vitroplants, plus productifs et homogènes, vise à professionnaliser la filière. Toutefois, la réussite dépendra de facteurs classiques : accès aux intrants, maîtrise phytosanitaire, routes rurales praticables et débouchés organisés.
Le pari est aussi financier : transformer de petites exploitations en véritables entreprises agricoles capables d’accéder au crédit bancaire.
Un test pour la politique d’emploi des jeunes
L’initiative s’inscrit dans l’appel du président Paul Biya à l’entrepreneuriat agricole, soutenu par une enveloppe budgétaire dédiée. Si ces 40 hectares annoncés dans le département du Nyong-et-So’o atteignent les rendements escomptés, le modèle pourrait être reproduit.
Dans le cas contraire, il rejoindra la longue liste des programmes publics dont l’impact réel reste difficile à mesurer. Entre vitrine politique et opportunité économique, la filière plantain joue ici bien plus qu’une simple campagne agricole : un test de crédibilité pour la promesse d’auto-emploi rural.













