En rétablissant partiellement la desserte en eau potable dans plusieurs localités sahéliennes, la CAMWATER marque des points. Mais derrière cette performance technique, se dessinent les limites d’un modèle encore trop réactif.
Une réponse rapide à un stress hydrique aigu
Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, la période d’étiage agit comme un révélateur des fragilités structurelles du réseau hydraulique. L’intervention déclenchée par Blaise Moussa s’inscrit dans une logique de gestion de crise : réparer vite pour rétablir un minimum de service.
Le mérite de l’opération est indéniable. En quelques jours, la remise à niveau d’équipements critiques et la réparation de fuites ont permis de restaurer la pression dans plusieurs villes. Le remplissage du château d’eau de Mora, inédit depuis trois ans, constitue un signal fort pour les populations.
Une plus-value technique réelle mais circonscrite
Au-delà de l’effet immédiat, cette opération met en lumière une approche technique plus rigoureuse. L’installation prochaine de compteurs de gros calibre marque une évolution vers une meilleure maîtrise des volumes, enjeu central pour un opérateur confronté à d’importantes pertes commerciales.
Cette orientation est stratégique : dans un contexte de ressources limitées, chaque mètre cube économisé équivaut à un investissement évité. En améliorant la traçabilité de l’eau, la CAMWATER amorce un virage vers une gestion plus performante et plus transparente.
Le révélateur d’un déficit structurel
Mais cette intervention souligne aussi une réalité plus préoccupante : le système fonctionne encore sous contrainte permanente. Vieillissement des infrastructures, maintenance insuffisante et dépendance à des interventions ponctuelles traduisent l’absence d’une planification à long terme.
Autrement dit, l’urgence masque difficilement le déficit d’investissement accumulé depuis plusieurs années. Sans modernisation profonde, chaque saison sèche risque de reproduire les mêmes tensions.
Vers une politique de résilience hydrique ?
L’enjeu pour la CAMWATER dépasse désormais la gestion des crises. Il s’agit de basculer vers une stratégie de résilience, intégrant anticipation climatique, diversification des sources et digitalisation du réseau.
Dans une région en première ligne du changement climatique, l’eau n’est plus seulement un service public : elle devient un levier de stabilité sociale. À ce titre, l’opération actuelle, aussi réussie soit-elle, ne doit pas être une fin en soi, mais le point de départ d’une réforme plus ambitieuse.












