La descente conjointe de Louis Paul Motaze et de Manaouda Malachie au fret de l’Aéroport international de Douala, après la saisie de près de 2,5 tonnes de stupéfiants, se voulait un signal de fermeté. Elle est surtout l’aveu implicite d’une vulnérabilité croissante du Cameroun face aux trafics transnationaux.
Car derrière l’exploit douanier — plus d’une tonne de cocaïne et une masse encore plus importante de tramadol — se profile une réalité moins flatteuse : un tel volume ne circule pas sans complicités, ni sans logistique sophistiquée. L’hypothèse d’un simple transit opportuniste paraît peu crédible. Le pays s’inscrit désormais dans les grandes routes africaines de la drogue, reliant l’Amérique latine, le Golfe de Guinée et les marchés européens ou sahéliens.
La présence massive de tramadol est particulièrement inquiétante. Moins médiatisé que la cocaïne, cet opioïde alimente pourtant une économie souterraine violente, parfois liée à des groupes armés. Son trafic suggère un marché régional structuré, voire une demande locale en expansion, symptôme d’un malaise social profond.
La communication officielle insiste sur la « mission régalienne » accomplie par les Douanes. Elle élude toutefois la question essentielle : combien de cargaisons similaires passent entre les mailles du filet ? Dans un port et un aéroport parmi les plus actifs d’Afrique centrale, la saisie spectaculaire peut aussi masquer l’ampleur du flux réel.
En définitive, cette opération constitue à la fois une victoire tactique et un avertissement stratégique. Elle prouve l’efficacité ponctuelle des services de surveillance, mais rappelle surtout que le Cameroun est devenu un nœud sensible des économies criminelles globalisées. Sans réforme structurelle du contrôle des frontières et de la gouvernance logistique, ces succès resteront des éclats isolés dans une guerre de longue durée.












