Officiellement porté comme un instrument de relance économique et de consolidation sociale par le gouvernement camerounais, le budget 2026 (8 816,4 milliards FCFA) cache, derrière les annonces du ministre des Finances, des défis structurels et des choix qui devront peser lourdement sur l’avenir fiscal du pays.
Un budget en hausse… mais aussi un déficit qui explose
Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une hausse de 14 % du budget par rapport à l’exercice précédent, portée par des dépenses accrues en personnel, biens et services, transferts et remboursement de la dette.
Pour le citoyen lambda, ce chiffre impressionnant traduit une ambition de développement. Mais ce que la communication officielle ne met pas en avant, c’est que le déficit budgétaire projeté devrait plus que doubler, passant de près de 310 milliards à 631 milliards FCFA.
Cette explosion du déficit signifie que le Cameroun devra aller chercher plus de 3 000 milliards FCFA sur les marchés financiers et auprès de partenaires externes pour financer ses engagements, via emprunts, titres publics, financements exceptionnels et appuis budgétaires.
Dépendance accrue aux emprunts : un pari risqué
Dans son exposé, le ministre n’a pas suffisamment souligné l’ampleur de la dépendance accrue aux emprunts. Près d’un tiers du financement de l’exercice 2026 provient de sources extérieures ou de dette interne, une dynamique qui alourdit le fardeau financier de l’État à court et moyen terme.
Cette stratégie intervient alors que des institutions financières internationales, dont la BAD et le FMI, classent déjà le Cameroun dans la catégorie des pays à risque élevé de détresse de la dette.
Des priorités sectorielles méconnues du grand public
Le ministre a publié peu d’informations détaillées sur la répartition du budget par secteurs, alors que le Document de Programmation Budgétaire – soumis au Parlement – montre des arbitrages forts : des enveloppes significatives pour les infrastructures, l’éducation, l’énergie et la santé, mais aussi des montants élevés pour la défense et la dette.
Cette absence de communication claire sur les priorités sectorielles laisse les citoyens dans l’ombre quant à la manière dont leurs impôts seront concrètement utilisés.
Entre ambitions affichées et réalités financières
Si le budget 2026 est présenté comme un levier de croissance et de stabilisation sociale, ce que le ministre des Finances n’a pas dit suffit à nuancer l’optimisme officiel. L’augmentation du déficit, la dépendance aux emprunts et le manque de transparence sur les arbitrages sectoriels posent une question centrale : le Cameroun mise-t-il sur une trajectoire durable ou sur une croissance à crédit ? Les mois à venir, avec l’examen parlementaire et l’exécution, apporteront des réponses souvent plus révélatrices que le discours ministériel lui-même.
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