Face aux États-Unis, première puissance militaire et diplomatique mondiale, l’Union européenne apparaît souvent comme un géant économique aux pieds d’argile stratégique. La question de sa capacité à contrer les actions américaines dans le monde revient avec insistance, notamment à l’heure des sanctions extraterritoriales, des guerres commerciales et des tensions géopolitiques croissantes.
Sur le plan économique, l’UE dispose pourtant d’armes redoutables. Avec près de 450 millions de consommateurs et un poids commercial comparable à celui des États-Unis, elle peut imposer ses normes et défendre ses intérêts. Le règlement général sur la protection des données (RGPD), les règles environnementales ou encore les mécanismes anti-coercition témoignent de cette capacité à influencer le jeu mondial sans recourir à la force. Dans certains dossiers, comme l’accord nucléaire iranien ou les différends commerciaux, Bruxelles a tenté d’affirmer une voie autonome.
Mais cette puissance reste incomplète. Sur le plan militaire et diplomatique, l’UE demeure fragmentée. Dépendante de l’OTAN et donc, en grande partie, de Washington pour sa sécurité, elle peine à parler d’une seule voix sur les grandes crises internationales. Les divergences entre États membres, qu’il s’agisse de la Russie, de la Chine ou du Moyen-Orient, limitent toute confrontation frontale avec les États-Unis.
En réalité, l’Union européenne ne cherche pas tant à contrer l’Amérique qu’à l’équilibrer. Elle privilégie le multilatéralisme, le droit international et la régulation là où Washington assume plus volontiers une logique de puissance. Tant que l’UE n’aura pas renforcé son unité politique et sa capacité stratégique, elle restera un contrepoids économique influent, mais un acteur géopolitique encore inachevé.
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