Lancée le 26 février 2026 à Yaoundé, la Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) promet 110 000 à 150 000 emplois et jusqu’à 8 % du PIB d’ici 2040. Derrière ces projections spectaculaires, le projet soulève autant d’espoirs que de questions sur sa soutenabilité financière et son impact réel sur le tissu productif camerounais.
Une promesse de rupture industrielle
Adossée au Port autonome de Kribi, la KPIZ mobilise 520 milliards de FCFA (environ 795 millions d’euros) pour aménager près de 4 000 hectares de zone industrielle intégrée.
L’objectif est clair : transformer localement le bois, les minerais, les produits agricoles ou halieutiques, et réduire la dépendance aux exportations brutes.
Les chiffres avancés sont ambitieux :
- jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects
- une contribution estimée entre 5 % et 8 % du PIB à l’horizon 2040
À titre de comparaison, l’industrie manufacturière camerounaise pèse aujourd’hui environ 13 % du PIB. La KPIZ ambitionne donc, à elle seule, d’en capter une part significative.
Un pari macroéconomique risqué
Mais l’écart entre projections et réalité pourrait être considérable. Générer 8 % du PIB supposerait :
- une montée en puissance rapide des investissements privés
- une stabilité énergétique et logistique irréprochable
- un cadre fiscal attractif et stable sur quinze ans
Le financement, largement structuré en partenariat public-privé, dépendra de la mobilisation effective des bailleurs et de la crédibilité de la gouvernance du projet, confiée au directeur général Yves Roger Melingui.
La réussite reposera aussi sur la capacité à intégrer les PME locales dans les chaînes de valeur, afin d’éviter une simple enclave industrielle tournée vers l’export.
La KPIZ peut devenir un tournant pour le Cameroun, à condition que l’ambition industrielle ne se limite pas à un effet d’annonce, mais s’ancre dans une stratégie cohérente d’industrialisation nationale.











