La saisie de près de 2,5 tonnes de stupéfiants à l’Aéroport International de Douala révèle l’ampleur des routes criminelles qui traversent désormais l’Afrique centrale. Une opération spectaculaire qui rapproche le Cameroun des grands théâtres du narcotrafic ouest-africain.
Un basculement stratégique vers l’Afrique centrale
Avec 1 057 kg de cocaïne et 1 434 kg de tramadol interceptés par les Douanes, le Cameroun envoie un signal clair : les cartels testent désormais les corridors aériens d’Afrique centrale. Longtemps concentrés sur les ports et aéroports d’Afrique de l’Ouest — notamment au Sénégal, au Ghana ou en Guinée-Bissau — les réseaux criminels exploitent aujourd’hui la position logistique de Douala, principal hub économique du pays.
La fausse déclaration en « fournitures médicales » témoigne d’une professionnalisation accrue des trafiquants, capables d’infiltrer les chaînes commerciales légales.
Une menace sanitaire et sécuritaire majeure
Au-delà de la cocaïne destinée aux marchés européens et moyen-orientaux, la présence massive de tramadol — opioïde détourné — confirme un danger intérieur. Dans plusieurs pays sahéliens, ce médicament alimente dépendance, criminalité et financement de groupes armés. Empêcher la circulation de 27 millions de comprimés constitue donc aussi une opération de sécurité nationale.
Comparaison avec les grandes saisies ouest-africaines
L’Afrique de l’Ouest reste néanmoins l’épicentre du transit. En 2024, le Sénégal a intercepté plus de deux tonnes de cocaïne au port de Dakar ; le Cap-Vert et la Côte d’Ivoire ont également multiplié les prises supérieures à la tonne ces dernières années. La particularité camerounaise réside toutefois dans la double nature de la cargaison — cocaïne et opioïdes — et dans son acheminement aérien, beaucoup plus rare à ce niveau de volume.
En félicitant ses services, le ministre des Finances Louis Paul Motaze souligne implicitement un enjeu crucial : empêcher que le Cameroun ne devienne la nouvelle plaque tournante du narcotrafic régional.
Conclusion — Cette saisie record marque peut-être le début d’une recomposition des routes de la drogue en Afrique, où la frontière entre zones de transit traditionnelles et nouveaux hubs devient de plus en plus poreuse.











